05/12/2009

L’escalier de service

escalier feuille 2 IMG_4450

As-tu compté les jours qui t’éloignent de moi, non pas les jours objectifs, ceux que tresse le long déroulement des heures et des instants ?
Non, les jours que sans effort tu as mis entre nous entre les rainures de nos deux réalités disjointes.

Pourquoi es-tu venu et pourquoi es-tu parti ?

Je ne te demandais rien, n’attendais rien de personne, ni de toi que je ne connaissais pas.

Un matin, tu as emprunté l’escalier de service, celui qu’à grand renfort de réserve, j’avais bien calfeutré. Etonnée, je t’ai ouvert la porte, quelques centimètres tout d’abord, méfiante et puis au grand jour faisant rentrer tout le soleil que tu m’apportais.

La confiance, c’était bon, un renouveau, une découverte après tant de tumultes, les sourires de rien, les rires à distance, les mots chaleureux et doux, à l’écoute, sans abois…
Quel doux nectar que la confiance, quel tremplin que ces promesses d’amitié !

Chacun, pourtant, est resté avec ses mystères, ses désespérances, ses non-dits, ce n’étaient que conversations à fleur de réalité, en abstraction avec les pensées profondes qui creusent les douleurs de la vie. Une forme de surprotection réciproque, ne rien dire du passé et vivre l’immanence du présent.

Mais quand l’instant ne repose que sur un bref courant d’air entre deux couloirs de vie, il ne nourrit personne à part, au début, quelques illusions.
Le temps a fait le reste, que peut-il faire d’autre que d’éroder ?

J’avais pourtant gardé des velléités d’amitié. A mon tour, d’emprunter ton escalier de service. Rarement tu étais chez toi et si peu de temps, homme éternellement pressé, tu te targuais.
La dernière fois, tu m’as laissée derrière la porte. J’entendais ton souffle, je respirais ton impatience, sans savoir pourquoi elle s’était dressée entre nous. Non, je n’ai pas tambouriné, à quoi bon, sans doute étais-tu là, mais que pour toi seulement.

Parfois, je m’imagine voir ta silhouette au loin, entendre ta voix prononcer pour d’autres des paroles confiantes ou légères, chanter ou rire…

Chacun continue à vivre, à moi de décider de faire de même sur des bases craquelées et neuves.  S’enivrer de l’humour qui nous tient plus longtemps debout, parler pour oublier, pour laisser moins béante la plaie de la souffrance jusqu’à ce qu’elle cicatrise en laissant en relief ce bourrelet déplaisant qui rappelle…

Je n’ai pas condamné l’escalier, je l’ai simplement laissé à l’abandon, un peu plus poussiéreux avec le temps qui use et les feuilles séchées qui peu à peu s’y fossilisent.

Quel que soit le bruit de tes pas sur l’asphalte, je les reconnaîtrai !

22:16 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (21) | Tags : escalier, amitie, confiance | Lien permanent

Commentaires

Ah, les escaliers du temps ! Les marches glissantes sur lesquelles on dérape, si on n'y prend pas garde ! Soeur Anne, du haut de la tour surveille les chemins et vous avertira, je le sais, si le bruit d'un galop ami se fait entendre sur la route qui poudroie pour que cet escalier ne soit pas de sévices. Bises.

Écrit par : C. Watson | 05/12/2009

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Quelquefois le temps érode, d'autres fois il construit, d'autres fois encore il cicatrise les blessures. Laisser filer, laisser glisser, laissé passer les instants comme des courants d'air : oui ! ne pas les retenir en faire des confettis, une frise, de la dentelle de la beauté. Comme ce texte. Bises.
PS : je devais mettre de la distance entre moi et moi pour écrire. Le pseudo pose cet acte symbolique.

Écrit par : baladine | 06/12/2009

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Cela vaut du Proust (texte très féminin, selon mon modeste point de vue).

Écrit par : Marc | 06/12/2009

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Vous vous disiez "enfermée" avec un "vague à l'âme".
Je suis confus d'avoir à ce point manqué d'esprit (d'escalier ajouterait qui veut m'enfoncer) et de vous avoir répondu avec de l'écume des jours alors vous attendiez la musique de pas uniques entre tous et tous...

Écrit par : JEA | 06/12/2009

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Un escalier en colimaçon : parce que l'on ne sait jamais vraiment ce qu'on trouvera au bout des marches...

Écrit par : Nicolas Bleusher | 06/12/2009

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Quelle belle capacité évocatrice que ce texte.
Je suis séduit !
j'aime à souligner ce passage :
"Mais quand l’instant ne repose que sur un bref courant d’air entre deux couloirs de vie, il ne nourrit personne à part, au début, quelques illusions."

Écrit par : alainx | 06/12/2009

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Marches @ C.Watson
Soeur Anne n'est plus ce qu'elle était, peut-être sourde aux caprices des pas !

@ Baladine
Faire des choses finies des confetti, oui, cette idée m'avait déjà effleurée.
Un pseudo n'est pas choisi gratuitement, c'est vrai, il constitue une sorte d'identification dont il faut, à certains moments s'éloigner pour être soi !

@ Marcel
On ne peut cacher sa nature, en l'occurrence, féminine, merci !

@ JEA
Ne voyez pas de lien temporel avec ce que j'ai écrit chez vous. Et pour l'histoire, c'est cette photo (ratée) qui m'a inspirée : un soir de septembre, près de la place Magritte à Lessines, cet escalier, comme laissé à l'abandon, qui mène à un tunnel sous la voie ferrée ...

@ Nicolas
Pour se réserver des surprises après le tournant ...

@ Alainx
Merci à vous. Les illusions nourrissent mais ne rassemblent pas.

Écrit par : Saravati | 07/12/2009

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On n'en sait pas davantage sur le désamour que sur l'amour. Il vient sans prévenir, il s'installe sans qu'on lui ait rien demandé. Après, il faut apprendre à faire avec.

Écrit par : Frederique M | 07/12/2009

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Si je me suis trompé, en disant:
je t’aime, je préfère avoir dit: je t’aime.
On ne me fera pas envier celui
qui a eu raison sans aimer.

Philippe Léotard

Écrit par : Elisanne | 07/12/2009

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j'ai évité l'escalier de sévice : me voici enfin arrivé !

Écrit par : A. No Name Cactus | 07/12/2009

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"Je t’ai ouvert la porte, quelques centimètres tout d’abord, méfiante et puis au grand jour faisant rentrer tout le soleil que tu m’apportais."
Belle évocation.

Écrit par : Anna de Sandre | 07/12/2009

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Un matin le soleil est entré...et ces matins là nous font aimer la vie :-)
Bonne soirée
Marcelle

Écrit par : Paquesmarcelle | 07/12/2009

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Pas bien quand même de ne pas ouvrir la porte à l'autre quand l'autre sait bien qu'il y a quelqu'un. Quelqu'un et pourtant personne ! Alors, comme tu dis "faire avec des bases craquelées et neuve" c'est-à-dire avec la blessure dont on essaie de guérir. Beau texte bien tristoune sur les rapports humains, amicaux, amoureux, si difficiles et mystérieux dans leurs plis.

Écrit par : Brigitte giraud | 08/12/2009

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D'abord on entrouvre la porte un tout petit peu... Puis quelque chose de beau et de bon nous fait l'ouvrir en grand !! Car on est pas débile ! On ouvre pas plus si il n'y a pas tout un tas de signes encourageants qui nous projettent dans les airs!!!
Et bien va comprendre Charles... Quand t'ouvres en grand tu te retrouves le cul par terre avec le paillasson devant la porte qui te nargue... Parfois un mot glissé dessous...

Écrit par : elle c dit | 09/12/2009

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quoi qu'il en soit... et quelle que soit l'issue, une histoire un temps heureuse est un bonheur à vivre et tant pis s'il faut en souffrir. plutôt çà que ne rien vivre. cet escalier, quelqu'un d'autre un jour l'empruntera et ce sera de nouveau une histoire, différente, peut être un peu plus méfiante, mais toujours, elle sera la vie.
bonne journée Saravati, bien amicalement!

Écrit par : mimi | 09/12/2009

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Marches @Frédérique
Amour, désamour, question de chimie peut-être, quand les particules commencent à danser ...

@ Elisanne
Peut-être qu'il n'existe pas le mensonge au moment où c'est dit, peut-être un instant infime ...mais vrai et puis, la vie ...

@ Cactus
Il fallait prendre la porte d'entrée, voyons, pas la porte des sévices cachés !

@ Anne de Sandre
Merci à vous qui maniez la plume avec tant d'élégance !

@ Marcelle
Un seul matin lumineux vaut tous les matins gris du monde ?

@ Brigitte
Parfois, on n'ose pas affronter la réalité, en l'occurrence, l'autre, pour lui dire des vérités qui font mal, on préfère disparaître et laisser l'autre derrière la porte avec ses questions.

@ elle c dit
Un moment de convergence et puis...on s'éloigne, pas en même temps et l'un décide pour l'autre, c'est déjà bien d'être prévenu sur le paillasson !

@ Mimi
Les marches peuvent toujours servir, une autre fois, mais c'est quand même mieux d'emprunter la grand-porte que de passer par les coulisses

Écrit par : Saravati | 09/12/2009

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Bonjour...ton texte ressemble un peu à nous....je te lis mais je ne prends pas le temps de t'ecrire mais je pense à toi tres souvent...oui la suite me ferait tres plaisir...gros bisous

Écrit par : sylvie | 10/12/2009

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Merci pour tes visites et mille excuses pour mon manque de fidélité au tien. Je n'arrive vraiment plus à suivre. Les heures comptent trop peu de minutes, les jours trop peu d'heures.
J'ai quand même pris le temps de grimper cette escalier avec toi.

Écrit par : Philippe D | 10/12/2009

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C'est vraiment étrange...Presque un choc...Tes premières phrases, je pourrais les reprendre mot à mot pour les adresser à quelqu'un...C'est vrai il arrive qu'on ne demande rien et au final on finit toujours par souffrir...

Écrit par : Petit Poucet rêveur | 10/12/2009

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J'ai connu une situation analogue, et ça me laisse des souvenirs doux-amers...

Écrit par : Edouard | 11/12/2009

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Marches @Sylvie
Le temps, Sylvie, on s'en plaint toujours, pourtant, on n'a pas le temps de le voir passer !

@ Philippe
Il n'y a pas d'obligation, quand je vois ton blog, je comprends qu'il soit chronophage ...
Merci pour ta visite, toi, homme overbooké !

@ Petit Poucet
La vie est faite de ces hasards qu'on ne peut refuser car ils ne présagent en rien de l'avenir qui leur sera donné

@ Edouard
Le temps est l'ennemi des relations éphémères, dommage que l'un en souffre toujours plus que l'autre !


Écrit par : Saravati | 15/12/2009

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