28/10/2009

Terre étrangère

Je ne reconnais plus ces visages

Plus sombres, plus noirs

Toisant les femmes d’un regard hautain

 

Ce coin de terre où je me perds parfois

Entre deux voyages dans mon ici-bas

Est en train de changer ses couleurs

 

Je prends leur arrogance

Pour de l’indifférence

Et je passe mon chemin

Au travers de leur transparence visible

 

La nuit, les visages sombres

S’assombrissent encore plus

Sauf les nuits de pleine lune

23:13 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (12) | Lien permanent

17/10/2009

Arturo

La maison me parle d’Arturo.
Voilà douze ans que je vis ici et c’est la première fois qu’il m’apparaît sous ce nom, comme une révélation !

Esprit farceur, combien de fois n’a-t-il pas caché mes clés, fait disparaître la bouteille d’huile d’olive, égaré mon courrier, placé des produits périssables dans les endroits les plus insolites, fait se volatiliser une chaussure, une seule, pour que je me souvienne qu’un jour elle fit partie d’un couple.

Pourtant, je ne lui en veux pas. Il finit toujours par revenir à de meilleurs sentiments, oriente la recherche de mes clés dans l’interstice poussiéreux d’un fauteuil, téléporte ma bouteille d’huile d’olive dans le congélateur, emmêle mes courriers importants dans l’écheveau tordu des publicités inutiles…
La nuit, je l’entends traîner quelque objet dans un coin du grenier ou ouvrir la porte de la cave laissant passer un filet d’air.

Je sais qu’il est, sans doute, comme moi, d’une humeur inégale. Mais je le surprends parfois à sourire, reflet furtif dans le tain du miroir et qui disparaît aussi vite. Il n’aime pas que mon regard perce sa vulnérabilité, il préfère se faire oublier jusqu’à la prochaine bouderie ou espièglerie.

Nous avons convenu tacitement d’une coexistence pacifique à durée indéterminée, jusqu’à extinction de ses feux, probablement.

Je me rends compte que je fais preuve envers lui d’une indulgence étonnante, l’indulgence  d’une mère pour un enfant remuant et capricieux !

Une amie – experte en thérapies diverses et en guérison des blessures profondes – m’a pourtant mise en garde contre des déperditions d’énergie qu’Arturo pourrait m’occasionner.
J’ai donc accepté de tracer des cercles de petits cailloux blancs là où il est censé avoir souffert ou fait souffrir. Ou de brûler quelques herbes purificatives pour évacuer les fumées de son esprit.
Mais sans conviction. J’ai, je pense plus que tout, peur de perdre ce reflet presque vivant de ma solitude accompagnée.

Voilà ce que sans m’en rendre compte, il vient de me souffler.

Oui, je vous assure, la dernière phrase qui revendique la survivance d’Arturo, cette dernière phrase n’était pas de moi !

22:00 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Lien permanent

14/10/2009

Vides

ciel sombre montagnes - bis 2183

Ce soir comme tant d’autres, comme tant d’autres matins et tant d’autres nuits, je t’attends dans ce grand vide devenu encore plus vide depuis que tu es parti.

Pourtant habituée aux silences et aux absences capricieuses qu’à l’époque j’assimilai erronément à des vides, aujourd’hui, je me rends compte de la gradation dans les formes de vides, des vides pourtant teintés d’espoirs, des vides glaçant de solitude, des vides qui emplissent le flot des pensées errantes et ceux qui vident votre énergie vitale, des vides qui ont faim et de ceux qui donnent soif, des vides qui désaltèrent quand on les asperge d’illusions, des vides qui nourrissent quand ils s’imprègnent d’oxygène.

Aujourd’hui, j’ai balayé d’un coup d’épaule toute cette panoplie de vides inutiles et je me retrouve face au maître : le vide absolu, celui qui enrobe tout sur son passage, qui déteint la couleur du ciel, qui ternit la blancheur des nuages et enfonce ses racines acérées dans le sol.

Et ma volonté qui voudrait refuser cette fatalité du vide se retrouve démunie de ses forces.
Quand je m’accrochais autrefois aux semblants de tes traces, je tissai dans le vide des espaces entre les mailles, vrais ou faux, peu importe puisqu’ils m’aidaient à vivre sans complète désespérance. Même les rares éléments qui auraient dû nous rapprocher devinrent bientôt partie intégrante de mon vide.

Demain quand j’aurai, par maints efforts, apprivoisé le vide absolu, quand je l’aurai transformé en vide relatif, en vide passéiste, historique, mythologique, je reprendrai la route qui serpente entre deux ravins mouvants, je m’évertuerai à éviter leurs abîmes gloutons, je savourerai silencieuse l’ambroisie de mes démons, je me bourrerai le crâne d’un tonneau d’illusions, je m’accrocherai aux lianes des rêves pour me retenir de tomber.

Et je te recréerai, devenu sculpteur à mon tour, je prendrai l’argile qui donnera corps à ton ombre. Sous le feu de mes mains, tes yeux gris s’ouvriront, me contemplant de leur regard brûlant.

Il suffira alors que je ferme les paupières un instant ou plus pour imaginer le sourire lumineux, le tien revenu de si loin, qui engloutira tous les vides de mes mondes !

08:38 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (14) | Tags : silence, vide, illusions, absence | Lien permanent

10/10/2009

Champ de foire

Hier sur le champ de foire, comme exilés, nous sommes deux couples qui allons et venons, atterris ici, attirés par la faim parce que sur la Place la confection des crêpes liégeoises sur les bobines durait trop longtemps et que la file était trop longue.
En quelques minutes, nous avons quitté le monde médiéval, coulée d’un week-end de septembre pour pénétrer dans le brouhaha foiresque !

A un stand de loterie, le bonimenteur nous interpelle, P et moi, lui, avec sa canne qui l’aide à affronter vaillamment sa tendinite toute fraîche : « Hé, les amoureux, tentez votre chance, tout le monde gagne ! »
P., en riant, me prend par l’épaule pour attester de ce nouveau statut tombé du ciel.

Ensuite nous nous sommes empiffrés de croustillons graisseux et brûlants sous l’œil amusé des forains, des jeunes de bonne humeur, souriant à nos blagues d’adolescents attardés.

Repassons devant le bonimenteur, dans un ordre différent et le forain, pas physionomiste pour un sou en interpellant P et sa femme de s’écrier : « Hé, les jeunes mariés, ne ratez pas cette occasion,  ici tout le monde gagne ! »

Ah mémoire visuelle, quand tu nous joues tes plans foireux de foire !

Hé, l'Ami, faudrait peut-être que tu changes de métier !
A moins que ta connaissance de la fluctuation des hommes soit telle que tu retournes toi aussi les situations comme on mélange des dés dans un gobelet !

07/10/2009

Diversion

Les tâches administratives grevaient mon ciel poétique.

Comment écrire des mots transcendants quand la dure, la blafarde, la banale réalité des choses vous cloue sur le pavé des faits ?

Une fois encore, j’essayais d’échapper à leur stupide pression, à leur insoutenable oppression.

Je guettais sa venue pour excuser ma déviance.

Il  marqua de son sceau le poids de son absence.

09:02 Écrit par Saravati | Commentaires (14) | Tags : banalite, diversion | Lien permanent

05/10/2009

Chat beige


J’ai connu autrefois ce petit chat beige, il vivait dans mon jardin, mi-apprivoisé, mi-sauvage.
Un jour on est venu le chercher, une « vraie » famille voulait l’adopter.
Mais fidèle, il ne l’était pas et à son tour, il a choisi un autre foyer.
Il revient de temps en temps pour nous assurer de sa bonne santé et recevoir quelques caresses furtives.

Aujourd’hui, je ne sais sous la coupe de je ne sais qui, il est devenu ce superbe félin tigré aux yeux jaunes.
Il me regarde de son port noble, daigne m’accorder le droit de le cajoler.
C’est lui qui me fait cet honneur et non l’inverse.
C’est lui le maître, il m’autorise cette fois à le prendre dans mes bras. Il est lourd et somptueux, grassement nourri. Sa fourrure épaisse brille de mille lustres.

Je l’ai connu bébé, petite chose chétive au milieu d’une nombreuse portée.
Il ne m’a jamais accordé la moindre attention !
Celle qu’il m’accorde aujourd’hui est éphémère. Déjà d’un coup de patte, il a sorti ses belles griffes de ses coussinets roses, il me manifeste que la plaisanterie a assez duré.
Je ne sais ni quand ni si je le reverrais.
Je ne suis qu’un banal pion dans l’échiquier d’une de ses multiples vies de chat, un détail insignifiant !

21:41 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (30) | Lien permanent

03/10/2009

Pa llegar a tu lado - par Lhasa de Sela

Une chanson que j'aime beaucoup, petit moment de mélancolie, fièvre douce du samedi soir...

 

C’est la vie de nomade dès l’enfance, sillonnant les Etats-Unis et le Mexique à bord d’un bus avec sa famille qui lui a sans doute donné ce goût de la diversité. Lhasa de Sela, chanteuse américano-mexicaine, vivant au Québec, maniant avec autant d’aisance l’anglais, le français et l’espagnol.

Les chansons de Lhasa sont des chansons d’amour, évoquent les ciels californiens, les senteurs désertiques du Mexique, d’une belle voix profonde et caressante. Elle chante aussi d’anciennes balades mexicaines, une manière garder le contact avec ce pays où elle a vécu huit ans.

Elle a chanté du jazz dès l’âge de treize ans, dans les cafés de San Francisco. À 19 ans, elle émigre au Québec et rencontre Yves Desrosiers, amateur du jazz des années 30 et crée avec lui en 1998 La Llorona, album qui connaît un grand succès.

lhasa-micro2
Puis une longue retraite, peut-être une peur de ne pas garder ce contact privilégié avec un public qui l’adore, elle part rejoindre ses sœurs qui travaillent en Europe pour le cirque contemporain Pocheros, retour aux sources de la vie de nomade, anonyme dans la grande famille du cirque.

A Marseille, elle écrit une partie de son second album : The living road qui sortira à Montréal en 2002 avec la collaboration du percussionniste François Lalonde et du pianiste Jean Massicotte.

Son dernier album Lhasa vient de sortir en avril 2009.

Lhasa possède son style musical particulier. Nomade, détachée des standards consuméristes de l’époque, sans influence de la télévision, ses compagnons de route sont les livres, la musique et l’art. Une vie de hippies, «on va faire un tour au Mexique et on va voir ce qui nous arrive.», un billet aller simple, sans programmation de retour.  « Aujourd’hui, je suis toujours dans cet état d’esprit. »

Dans un environnement latin et bohême, avec une sensibilité qui exalte la valeur de l’instant, l’expérience du bonheur ou de la tristesse, Lhasa nous raconte sa vie, un voyage qui ne s’arrête pas.

Oui, vraiment, un de mes coups de cœur. A suivre, assurément !

 

Petit ajout : si vous voulez connaître les paroles en français de cette chanson, allez voir l'autre version youtube que je n'ai pas choisie car elle est très longue.

Lhasa traduit ces paroles avec une immense émotion !

http://www.youtube.com/watch?v=qnDl9a6FqSA

22:25 Écrit par Saravati dans Quand la musique est belle | Commentaires (8) | Lien permanent

Guerre souterraine

Une déclaration commune d’impôts n’était pourtant pas déclaration de guerre.

Mais tout entre eux, décimés par l’ennui, prenait des airs de conflits, divergences, intransigeance.

Sans trêve ni répit, inlassablement.

Présage d’une imposition lourde et cruelle !

 


11:20 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (7) | Tags : declaration, impot, guerre | Lien permanent

01/10/2009

Deviner ton âge ...

ombre carrés noirs 28 mai 2009 154

J’essayais de deviner ton âge

Combien de temps aurait-il fallu pour arriver à une telle maturité d’écriture

Combien de champs de connaissance traversés

Combien de livres, de romans, d’essais compulsés

Combien d’heures passées à regarder, à réfléchir, à ressentir

Combien de ratures sur tes brouillons malmenés
De reprises, de déchirures…?

Et cette amertume qui pointait parfois sous tes sourires n’était pas neuve, je le sentais

Cette tristesse incommensurable n’était pas que de fiction

Cette révolte survoltée n’était pas commandée.

Je te voyais sincère derrière le masque de tes mots

J’avais l’impression, le temps de la lecture, de pénétrer dans un univers qui devenait le mien

Et mes mots en réponse essayaient d’en justifier le vide, de t’accrocher …

J’essayais de deviner ton âge

D’imaginer les lignes de ton visage

La tessiture de ta voix, les sillons de tes mains…

Je n’ai jamais osé rien te demander

Rien qui put rendre ton existence plus palpable

Rien de nos mondes n’aurait jamais pu converger

Seul l’esprit fébrile pouvait en avoir l’illusion

Tu es parti loin

Là où pour moi tu n’avais jamais cessé d’être

J’ai refermé ton livre

Que je n’avais jamais ouvert

Ou seulement une page, une seule …

22:26 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (30) | Tags : illusion, maturite, existence, connaissance, age | Lien permanent