17/10/2009

Arturo

La maison me parle d’Arturo.
Voilà douze ans que je vis ici et c’est la première fois qu’il m’apparaît sous ce nom, comme une révélation !

Esprit farceur, combien de fois n’a-t-il pas caché mes clés, fait disparaître la bouteille d’huile d’olive, égaré mon courrier, placé des produits périssables dans les endroits les plus insolites, fait se volatiliser une chaussure, une seule, pour que je me souvienne qu’un jour elle fit partie d’un couple.

Pourtant, je ne lui en veux pas. Il finit toujours par revenir à de meilleurs sentiments, oriente la recherche de mes clés dans l’interstice poussiéreux d’un fauteuil, téléporte ma bouteille d’huile d’olive dans le congélateur, emmêle mes courriers importants dans l’écheveau tordu des publicités inutiles…
La nuit, je l’entends traîner quelque objet dans un coin du grenier ou ouvrir la porte de la cave laissant passer un filet d’air.

Je sais qu’il est, sans doute, comme moi, d’une humeur inégale. Mais je le surprends parfois à sourire, reflet furtif dans le tain du miroir et qui disparaît aussi vite. Il n’aime pas que mon regard perce sa vulnérabilité, il préfère se faire oublier jusqu’à la prochaine bouderie ou espièglerie.

Nous avons convenu tacitement d’une coexistence pacifique à durée indéterminée, jusqu’à extinction de ses feux, probablement.

Je me rends compte que je fais preuve envers lui d’une indulgence étonnante, l’indulgence  d’une mère pour un enfant remuant et capricieux !

Une amie – experte en thérapies diverses et en guérison des blessures profondes – m’a pourtant mise en garde contre des déperditions d’énergie qu’Arturo pourrait m’occasionner.
J’ai donc accepté de tracer des cercles de petits cailloux blancs là où il est censé avoir souffert ou fait souffrir. Ou de brûler quelques herbes purificatives pour évacuer les fumées de son esprit.
Mais sans conviction. J’ai, je pense plus que tout, peur de perdre ce reflet presque vivant de ma solitude accompagnée.

Voilà ce que sans m’en rendre compte, il vient de me souffler.

Oui, je vous assure, la dernière phrase qui revendique la survivance d’Arturo, cette dernière phrase n’était pas de moi !

22:00 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Lien permanent

Commentaires

Superbe! J'adore ce texte, insolite, fantastique, plein d'humour et d'inquiétude à la fois; un ton original, ludique qui révèle aussi une fascinante profondeur... Enigme? Oui! car la frontière entre deux mondes peut parfois s'effacer de manière inattendue.

Écrit par : MULLER Geraldine | 18/10/2009

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Oui, superbe. Je confirme l'avis précédent.

Écrit par : Marcel | 18/10/2009

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Piège à souris ou mort-aux-rats.

Écrit par : mon chien aussi | 18/10/2009

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Esprit, comment être las de cette cohabitation? Si tu es là, tu as cet avantage de voir l'auteur se pencher, s'épancher dans ses oeuvres fécondes en petits délires, se livrer, se délivrer peut-être, mais pas de toi.
Tu assistes au mystère de la savarati-création, c'est beaucoup. :-)
J'adore.
Bonne fin de dimanche et bizzzz à toi.

Écrit par : edouard | 18/10/2009

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"Paire" synonyme de "couple"...
Je n'y avais jamais songé.

Écrit par : Chr. Borhen | 19/10/2009

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Ce petit lutin est un sacré démon, il me semble le connaître. Chez moi aussi, le garnement fait des siennes, mais comme à vous il me manquerait terriblement si je ne l'entendais plus siffler dans la salle de bain...
Je vous embrasse.

Écrit par : C. Watson | 19/10/2009

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Rien, en fait, est une brisure dans la relation. Pas de culpabilisation de l'un à l'autre, ue douce cohébitation finalement et du respect des différences.

Écrit par : Brigitte giraud | 19/10/2009

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Je me répète, ça devient lassant, mais joli texte, vraiment. Il est emprunt d'une légèreté qu'on ne vous connait pas toujours et c'est charmant. Je vois presque poindre un sourire au coin de vos lèvres en l'écrivant. :)

Écrit par : P_o_L | 20/10/2009

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Casper!!!! Très ludique, j'aime beaucoup!
Mercredi j'ai justement regardé Casper avec mes petits:-)
Bonne journée
Marcelle

Écrit par : Paquesmarcelle | 20/10/2009

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Quel est donc ce farfadet qui vous tarabuste et vous titille et vous agace ?...

Écrit par : Gloups | 20/10/2009

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J'aime ! Que se soit après une séparation ou la perte d'un être cher ,la sollitude peut être lourde a porter ! Et peut-être vaut-il mieux avoir une compagnie de ce genre que rien .Chez moi il ne s'appelle pas Arturo , mais il existe , là dans l'ombre , parfois en train de vous narguer parce que vous avez perdu un objet qui par un pur hasard refait surface deux jours plus tard ! Certain septiques diront que c'est tout simplement de la négligence ...Moi, parcontre il m'aide parfois a surmonter ma sollitude...
Bonne journée en compagnie d'Arturo...
Nadine Het Witte Elfenheksje

Écrit par : nadine | 21/10/2009

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Dis moi qui te hante...

Écrit par : Frederique M | 26/10/2009

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Je suis pas un fantôme, je suis pizzaiolo et je joue un drôle de rôle dans votre histoire. Vous avez d' la chance que je vous attaque pas en justice pour diffamation ! Non, mais...

Écrit par : Arturo | 27/10/2009

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Passage rapide pour te lire, une respiration pure;-) bisous!

Écrit par : zabou | 28/10/2009

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Tu es indulgente mais Arturo paraît sympathique. Il t'a inspiré un texte étrange et amusant.
(moi aussi, j'ai vécu avec un Arturo, je l'avais nommé Tourmentin).
Je suis contente d'avoir un peu de temps pour passer chez toi.

Écrit par : Angelina | 02/11/2009

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va pour Arturo ..contre mon Prince...qui est plus sérieux mais que voulez vous vous êtes certainement beaucoup plus jeune que moi :-) et de plus vous voulez sentir sa présence, je veux que le mien reste invisible :-) !

merci de votre visite, j'ai ainsi eu le plaisir de découvrirt un blog à la belle écriture !

et il y a certainement un endroit pour s'inscrire pour recevoir vos nems , je vais voir ça

Écrit par : eglantine lilas | 31/10/2013

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Arturo ne se targue pas de lettres de noblesse, mais il est un peu roi dans son royaume, il m'aide à penser que mes pertes de mémoires ne sont pas personnelles et que ma distraction légendaire n'est pas un mythe.
Merci de votre visite.

Écrit par : Saravati | 31/10/2013

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