29/09/2009

Découverte !

Ce soir , j’avais combiné d’aller au cinéma en attendant que ma fille finisse son cours de théâtre. Téléphone à une amie, pas libre. Pas envie de faire le tour de mes relations pour avoir un chaperon, j’irai seule.
Autrefois, cela me dérangeait, aujourd’hui, cela m’est égal et je dirai même que je savoure le plaisir de la solitude, parce que mes goûts ne sont pas nécessairement ceux de l’autre, que je ne supporte que les films en version originale, que les films commerciaux me pompent l’air avec ce grignotis de pop-corn en toile de fond sonore et ces rots de coca!
Parce que je n’ai pas nécessairement envie de donner mon avis à peine sortie du cinéma, je continue à flotter dans cette ambiance vaporeuse que je voudrais prolonger encore quelques instants, avant le replongeon dans la réalité.
 
J’arrive au guichet, imponctuelle comm d’hab, la démarche assurée, mon ticket prepaid anonyme en mains. Même pas le plaisir de clamer le nom du film élu. L’employée en souriant me dit, comme si nous étions de très vieilles connaissances : « Etreintes brisées !» avec une certitude qui m’interroge : « Comment vous avez deviné ? » Echanges de sourires.
« Vous l’avez vu ? » « Non, pas encore : demain »
Je quitte ma nouvelle pote extra-lucide - à force de vivre à l’orée sombre des salles obscures, elle a sans doute fini par développer de nouveaux talents -  pour rejoindre la salle.

Et moi qui pensais venir ici incognito. Elle, elle m’a reconnue, moi, Saravati, avec mon dernier billet, sûr qui illustre bien « Etreintes brisées » !

J’aurai dû m’y attendre, cela m’apprendra à dévoiler hypocritement certains états d’âme incertains sur une plate-forme ouverte aux quatre vents ! !

10:17 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (15) | Tags : cinema, voyance | Lien permanent

27/09/2009

Mort différée

 

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Ma voisine est morte, seule. Je n’ai rien su d’elle, maison à l’écart, horaires différents. Je ne lui ai jamais parlé, elle se terrait derrière sa porte, elle n’avait pour amis que ses bouteilles de bière et ses bouteilles d’alcool. Un jour on est venu sonner à ma porte, un couple l’avait ramenée chez elle, ramassée sur la rue, ivre. Ils voulaient savoir si je la connaissais. Je suis allée frapper à la porte de son frère avec lequel elle était disputée, il n’y avait personne. Puis chez l’épicière qui connaît tout le monde dans le quartier. Il a fallu appeler l’ambulance. Elle s’était remise, semble-t-il, avait suivi une cure de désintoxication, repris un peu d’énergie, c’est ce que m’avait confié, plus tard, l’épicière qui autrefois avait refusé de lui vendre de l’alcool.

 Ce matin, en sortant de mon garage, deux policiers étaient à sa porte, plutôt souriants. Par réflexe, je boucle rapidement ma ceinture, je ne le fais jamais avant d’être sur la route, une manie, inexplicable, une façon de dire je ne suis pas vraiment partie.

C’est le soir que j’ai appris la nouvelle : ma voisine était morte, depuis quelques jours vu l’état de son corps. J'ai d’abord cru à un suicide ; une déprime, des effets secondaires de médicaments, envie d’en finir…

Non, rien de tout cela : arrêt cardiaque, pas de grand drame si ce n’est celui de mourir dans la solitude la plus absolue…

Personne à prévenir, pas d’autre famille que son frère qui s’est inquiété tardivement d’une porte restée close plusieurs jours. Il n’est de pire solitude que de mourir oublié, avec une mort clandestine qui ne prendra vie que l’on l’aura découverte, quelques jours dans les limbes de l’entre-vie, n’existant pour personne, ni pour les vivants qui n’y pensent pas, ni pour les morts pas encore rejoints…

Ma mort sera-t-elle similaire ? Au fur et à mesure, l’espace entre mes enfants et moi s’est élargi, non par indifférence mais la pression de leurs vies respectives, leur devenir inéluctable d’adultes devenus responsables.

Et ceux que j’ai aimés sans les connaître, aurais-je le privilège de leur dire au revoir ?

Ou ma mort restera-t-elle pour eux éternellement dans les coulisses, ignorée ? 

Toi, je voudrais t’écrire maintenant comme à mon dernier souffle, te dire enfin les sentiments que par peur, par pudeur, j’ai tus ou estompés.

Les mots pour toi sont là, en gestation, toi qui me dis seulement le poids de ta souffrance mais pas sa couleur. Par indifférence ? Par délicatesse ?

 Au fond de moi, je sais que construire une relation sur les ruines d’une misère est illusoire.

Que si l’autre n’est qu’une bouée de sauvetage pour vaincre la solitude et écouter les maux, une fois les maux partis, les blessures enfin cicatrisées, il ne restera rien de cette relation qu’un leurre qu’on voudra vite oublier. Peut-être est-ce simplement pour cela que tu ne me dis rien ? J’ai du mal à croire à ton indifférence, tu m’as prodigué au loin tant de tendresse et la vie de tous les jours n’a pas pu l’érailler puisque nous n’eûmes à aucun instant de réels moments de convergence, hormis quelques paroles échangées il y a bien longtemps.

En ce soir de testament, j’ai préparé une lettre, une lettre pour toi, la plus longue lettre de ma vie, celle qui a collecté toutes les bribes de mots qu’au fur et à mesure de mes joies et de mes peines, de mes humeurs, j’ai jeté sur le papier pour me donner l’illusion de te parler. Je l’enfermerai précieusement dans une grande enveloppe et la donnerai à ma fille. J’ai réussi à me procurer ton adresse, oui je te l’avoue mais je n’en ferai ici-bas aucun usage, respectant cette règle tacite que nous nous sommes imposée. Je pense que tu es attaché à ton coin de terre et que tu resteras là-bas.

Si je devais disparaître, ma fille qui a toute ma confiance t’enverrait cette lettre lourde de joies et de peines, mon hommage ultime à notre relation si belle dans mes pensées, quelque chose de concret de moi, l’encre bleue comme mes yeux sortie de la plume de mon stylo – celui que je n’utilise que pour les grandes occasions et qui rend mon écriture fine et souple -  le papier que j’ai caressé au rythme de mes mots pour toi, et ma salive qui a collé cette enveloppe, mon dernier baiser. Peut-être une photo que j’aime, une photo de moi rêvant de toi. Et ces milliers de pensées qui au fil du temps ont volé loin vers toi dans l’espace.

Peut-être un anachronisme pour toi qui m’auras déjà oubliée…

Pour moi, alors simplement te dire merci pour ce partage inégalable et si fugace d’émotions…

Une seule fois dans ma vie, après elle, après avoir fermé la porte, être vraie, être nue, être moi !

23:29 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (9) | Lien permanent

22/09/2009

La diagonale de Yesma

Yesma, féminine à souhait, élégante, dingue de fringues et de pompes, assorties bien sûr, la fièvre acheteuse qui constamment la guette, la mode revue et corrigée par elle, pour elle…

Ajouter un franc parler de banlieue, à force d’errer avec les loubards du coin, d’avoir creusé patiemment sa place

Empathique, chaleureuse et puis soudain démontée quand un nuage trouble passe et s’arrête. Alors elle mord, elle griffe, elle mitraille ses mots coupants et tant pis si vous êtes sur la trajectoire. Pas de quartier !

Pas été habituée à partager son espace, fille unique adorée, garçon manqué et fière de l’être, elle peut s’il le faut aussi bien jouer des poings que des mots .

On ne se moque pas impunément d’elle qu’on soit fille ou garçon, elle bagarre sec et ses coups laissent des cicatrices, une forme de peur non dénuée de respect. Elle laisse souvenir impérissable et dans le bon et dans le reste…

Elle dort en diagonale et qui partage son lit a intérêt à se faire discret et à partir à temps.

L’homme parfait qui lui faisait le ménage et la bouffe, elle l’avait trouvé un jour, peut-être  trop parfait, elle qui stigmatise ses défauts et les chérit à la fois. Le seul à qui elle a ouvert son espace, qui a partagé sa vie, qu’elle a admis plusieurs jours et plusieurs nuits, même en diagonale, parti lui aussi.

Un petit creux de nostalgie à l’ombre du beffroi à quelques mètres de l’appart où ils ont vécu quelques temps, ensemble, ce mot qui sonne si étrangement pour cette férue d’autonomie. Lui si beau, si gentil, si dévoué, si parfait Avec lui, elle ne s’ennuyait pas les longues nuits d’amour, il n’était pas nécessaire de rythmer les ébats au son des CD qu’elle adore. Oui la musique pour elle, c’est toujours, pour exulter ou se morfondre, pour prononcer dans le noir les sons qui donnent un sens aux mouvements cadencés des corps alanguis !

De lui, elle, si loquace,  ne dira rien de plus, pourquoi ça a fini, pourquoi quand une de ses aventures sentimentales bat de l’aile, il a besoin de l’appeler, de lui parler, sa grande pote inoubliable !

Aujourd’hui, seule parce que du dernier elle en a eu aussi marre, marre de la belle-mère qui dévisageait cette belle métèque, qui voulait qu’elle cuisine pour son fils les plats affreux qu’elle déteste.
Le fils parti, congédié peut-être, est pourtant resté proche, lui passe sa voiture quand elle en a besoin.

Oui, elle, quelles que soient les circonstances des ruptures, ils ne parviennent jamais à la détester, elle, si belle, si vivante, aimant le rire et la baise, spontanée, délurée, elle, comme la synthèse frémissante de toutes les femmes.

Elle t’engueule et l’instant d’après, te prend par le bras, toi son amie ou presque : « Avec qui vais-je me disputer l’année prochaine, quand tu ne seras plus là ?
« Je n’aurais pas d’enfants, par peur qu’ils me ressemblent, par peur de perdre ces formes parfaites qui seraient malmenées par la grossesse, par peur de m’attacher et de me perdre moi-même »

Elle est jeune et pense ainsi, tant que la vie, sous forme du regard des hommes, lui offre ses plaisirs et ses joies, elle ne sait de quoi demain sera fait, mais son corps jeune affamé appelle à la rencontre fusionnelle, elle se dit que les beaux mâles qui rôdent sans savoir dans ses parages de chasse doivent sentir et de loin, la pulsion de ses phéromones.
Fuiront-ils ou seront-ils victimes consentantes et résignées ?

08:13 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (8) | Lien permanent

19/09/2009

Beautiful friendship

 

arbuste coloré CF 22 aout t 2009 114

 

Ce matin de tristesse dans l’ombre que déploie déjà l’arrivée de l’automne, même pas le courage de relever les persiennes pour embrasser le jardin qui dépérit.

Rester dans le calme calfeutré de la maison encore endormie
Seules les tourterelles font écho à mon silence
Mon silence pourtant qui me parle à voix basse
Des occasions ratées, des retours sur la pointe des pieds, des malentendus caustiques, des portes qui claquent et qui tardent à se rouvrir …

Sans raison ou avec trop de raisons peut-être, j’ai envie de sortir enfin cette phrase qui m’a longtemps trottiné dans la tête, dernier plan de  Casablanca : I think this is the beginning of a beautiful friendship.

Non, pas cette fois encore, ce n’est ni le moment ni l’heure, un éclair dure moins que le temps d’un orage, mais sa beauté clinquante nous enrobe d’une torpeur aux couleurs d’arc en ciel. Ainsi va la vie d’orages si longs à éclairs fugaces.

Les orages nous enlisent là où les éclairs nous font parfois rêver !

18/09/2009

Enluminure

riviere arbres 22 aout 2009 067

 

Toi, les paroles glissent sur le filin invisible de ton horizon mouvant, sans effort, un souffle d’inspiration et tu expires les mots aussi brûlants que la lave.

Rien de poussif dans tes sursauts, une harmonie naturelle et vive.

J’ai à peine le temps de te regarder qu’un nouveau bijou vient juste d’être façonné, matières précieuses apparues dans l’orée du jour ciselées à la manière des grands maîtres d’antan.

Je n’ai pas le temps de gérer cette émotion prenante qu’une nouvelle vague de mots déferle déjà dans ta rivière. Ta source est inépuisable comme le vent et le ressac.
Te lire m’apporte repos de l’âme et réconfort des sens.

Oui, écrire, ce don inné fut posé dans l’escarcelle de ton berceau.
Pour toi les mots qui chantent ne seront jamais faux.
Et la page blanche, enluminure que je contemplerai à ne point  m’en lasser.

13:55 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (8) | Tags : inspiration, enluminure, ecriture | Lien permanent

15/09/2009

Les Puces

Le festival des arts de la rue Les Unes fois d’un soir de Lessines a accueilli ce 12 septembre le spectacle Les Puces, créé par la Compagnie Lune et l’autre que je suis depuis ses débuts et dont je me dois ici de souligner une fois de plus l’originalité.

les puces

 

Pour commencer, un rituel, fait de discipline militaire : les uniformes d’abord, sexués mais tout de blanc et de beige aux lignes diversifiées et élégantes.

Une jeune femme distribue les tickets au compte-gouttes par paquets de huit.

Pour passer le relais à un sourire Colgate auréolé de rouge incarnat, speed comme un jouet à ressorts qu’on remonte indéfiniment sans s’en apercevoir. Miss Colgate nous pousse dans la roulette avec son bâton de magicienne et nous explique le « règlement », toujours très important, le règlement !

Nous voilà à notre point de départ, chacun dans son couloir prêt à envahir l’arène.
L’arène est un grand marché aux fromages, chacun des spectateurs,  scotché à son carreau avant de passer au suivant, va faire de multiples rencontres, toutes plus folles les unes que les autres, chacune imprégnée d’habitudes exacerbées, celles que selon leur degré, la psychologie appelle tic ou tocs.

Interactivité, dialogues déjantés, sourires, éclats de rire, situations cocasses, personnalités borderline, grand échassier sur roulettes,  cireur de chaussures-bagagiste, savant fou en chaise roulante, femme fatale à renard à deux têtes, confidences près du berceau, baratineuse commerçante sortant la tête d'un caddy déglingué…et bien d’autres qu’il ne sera pas possible de rencontrer durant ces vingt minutes qui en paraissent trois !

Les petits travers de la vie mis à nu nous habillent de leurs mots cinglants ou tendres ou fous. Ces petits travers, ce sont elles, les puces, animaux parasites si doués qui pénètrent insidieusement dans nos vies et nous emberlificotent, nous transforment en gardiens du bien-être, du bien propre, du bien-consommer, du bien-parler.

Avec pour finalité, notre narcissisme et notre volonté d’en faire une religion pour tous.
Un regard acerbe sur la société, avec le rire pour support, que demander de plus ?

On en sort ravi, étonné ou perplexe.
Mais chacun garde dans son sillage un petit parfum de puce dans le cœ
ur.

 

Le spectacle sera présenté à Bruxelles en janvier 2010 et effectuera une tournée en France l'année prochaine, après avoir rencontré un succès au festival de théâtre des arts de la rue de Châlon-sur-Saône.

23:13 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (16) | Tags : theatre de rue, puces, tics, tocs, folie | Lien permanent

14/09/2009

Musée à usage privé

reflets colo CF 13 sept 2009 147

J’ai fabriqué un musée de rêves pour garder intacts mes souvenirs de lui.
Il se situe quelque part dans un coin éloigné de la blogosphère, là où les distances sont fluctuantes en fonction des désirs secrets.

Tout dans ces  lieux a gardé apparence d’une authenticité émue, d’une émotion authentique.
La vérité historique revêtue à la lumière de mes pas, ces pas qui ne furent pas toujours solitaires.

J’y ai aligné sagement ses textes, ceux que j’ai pu sauver de sa bourrasque intérieure.
Ou des bris d’émotions que je reconstitue au fur et à mesure de mes pérégrinations.
Certaines sculptures sont bancales et attestent déjà d’interprétations contradictoires, d’incompréhensions irrésolues, de divergences profondes.
Certaines déclarations parmi les plus anciennes flamboient et pavoisent en grands tableaux de tendresse.

Et puis la suite des nébuleuses paroles vient greffer son long cortège au compte-gouttes, à travers des silences opaques.

Je voudrais, mais je n’ose, l’inviter à l’inauguration de ce musée chimérique tantôt  rutilant tantôt sombre.
Je sais pourtant qu’à mon invitation, il répondra d’un geste pressé, s’excusant de ses obligations, verrouillant encore davantage une porte déjà cadenassée.
Sa réaction sera ma dernière acquisition, celle qui matérialisera l’inanité de mes efforts.

Je resterai seule entre ces murs virtuels, dans cet espace perdu qui, finalement, n’aura jamais existé que pour moi.
Je te salue, Illusion. Bonjour, Amertume !

09:16 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (15) | Tags : musee, silence, illusion | Lien permanent

09/09/2009

Balles de ping pong

Les mots lancés ici avec verve giclaient comme des balles de ping pong et plus on les prenait dans la gueule, plus on éprouvait un plaisir maso.

Rien n’avait plus de sens que ce jonglage des syllabes décousues ou habillées, sensées ou insensées.

C’était l’heure du défoulement, l’abandon complet : toutes les réactions en chaîne s’imbriquaient les unes dans les autres à partir de ces petites boules de roulement à billes égarées sur le trottoir des mots ! Tantôt une balle de bowling lancée sur la piste des jeux de quilles et qui frappait plus ou moins fort, touchait plus ou moins d’interlocuteurs, les assommait ou les boostait.

Une connaissance folle, une complicité débridée, irrationnelle naissait alors, pendant les quelques instants d’échanges, de ces je te renvoie la balle en espérant qu’elle ne se perdra pas en route. Presque comme si on était en train de chatter.

D’aucuns profitaient de cette euphorie pour sortir de leur mornitude face à face avec l’ordi, pour oublier quelques minutes, le travail chiant qui attendait sa pâtée.

Oui moment excitant de l’attente, impression d’exister, chacun seul pourtant, assis derrière son clavier nerveux rarement sollicité avec autant de frénésie !

14:45 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (19) | Tags : chat, jongler, ping-pong, clavier | Lien permanent