31/07/2009

Pirate d’écriture



Vous êtes dangereux

Vos armes sont les mots
Plus ils sont tendres, plus ils sont redoutables

Plus ils sont cinglants
Plus ils me dérivent

Que faire ?
J’ai laissé mon armure au vestiaire

13:30 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Tags : pouvoir des mots, ecriture, danger | Lien permanent

28/07/2009

Beloeil : féerie, musique et business

brindilles couleurs  28 dec 2008 - 273.jpg 3

 

A l'approche de la 21e nuit musicale de Beloeil, j'ai ressorti de mes tiroirs ce texte écrit l'année dernière.

 

Une âme charitable m’a offert une place pour la nuit de Beloeil, rendez-vous immanquable des mélomanes classiques.

Une promenade à travers le parc, devant le château qui sert de coulisses pour les musiciens et les différents plans d’eau qui émaillent la propriété.

Le château de facture classique possède sur ses quatre ailes, quatre tours rondes et à pointe en forme de casque allemand. Etrange association de style classique et de relent guerrier !

Cette année, les différents points de ravitaillement paniers pique-nique aux produits raffinés, bars à champagne et à bière de dégustation (on est en Belgique !) et autres lieux de victuailles se sont arrogé des places de choix le long des plans d’eaux : on croirait vu leur facilité d’accès qu’ils sont le clou du spectacle !

Les kiosques et estrades à musiciens sont pour la plupart perdus dans la brousse au milieu des arbres, à l’exception de Vivaldi, de Strauss et de Mozart qui possèdent une place de premier choix.

Vivaldi et Mozart, les chouchoux des amateurs de musique gaie et légère et Strauss, le roi de la valse qui sera ici pratiquée par quatre jeunes en habit et robe de bal évoluant sur une piste étroite au bord de l’eau

Belle prouesse à la fois mathématique et sensori-motrice de virevolter sur un espace restreint en évitant un éventuel plongeon que les spectateurs sadiques ne manqueraient pas de souhaiter.

Le port gracieux de la valse, la main droite de la femme tenant délicatement le jupe de sa robe à arceau : encore une concession à la mode imposée aux femmes. Dans ma tête, j’envisage un procédé pour rendre à cette main prisonnière cette liberté perdue : une ficelle entourant le poignet et rattachée par un anneau au volant de la robe rendrait aux doigts une autonomie légitime !

Un petit chien très mignon du style petit chien de salon à sa mémère a réussi à déjouer une implicite interdiction d’accès aux animaux. Peut-être a-t-il (ou son maître) graissé la patte d’un membre du service de surveillance. Peut-être, télépathe, a-t-il pu faire comprendre que dans une vie antérieure, il fut musicien ou pour le moins mélomane.

Mon coup de cœur de la soirée : Haydn présenté de manière enthousiaste et humoristique par un chef d’orchestre dynamique et pédagogue et rehaussé par un chœur superbement équilibré ainsi qu’une cantatrice à la bonne voix profonde et puissante, comme sa silhouette d’ailleurs !

Majestueuse illusion, la nuit, la lumière arrive à transformer une façade somme toute banale en un joyau d’architecture.

La pluie en rendez-vous intermittents a déployé ça et là quelques parapluies encombrants, leur rendant ainsi leur justification première d’éborgner subrepticement les yeux de leurs voisins. A l’abri sous les feuilles denses des arbres, je regarde mes voisins étaler leurs parapluies, enfiler leur kway ou leur poncho. Au-dessus des têtes camouflées, une chauve-souris musicienne danse inlassablement sur une sonate de Schubert, entre les cimes sombres.

A l’heure du feu d’artifice final, je me suis malheureusement retrouvée du mauvais côté du plan d’eau : des structures haut perchées installées pour la fête s’impriment à l’avant-plan de mon champ visuel, je n’aperçois que des segments de lumière foisonnante, j’ai donc abandonné la fête, rejoint l’allée centrale où des spots rouges et bleus discrètement dissimulés donnent aux feuilles des arbres épais des reflets d’automne et de fantastique. Sur ma gauche, dans l’espace laissé entre deux amas de branches, sous le tumulte estompé des obus de lumière, je peux enfin apercevoir le ciel libéré constellé d’étoiles multicolores et éphémères.

Ah douce nuit de Beloeil qui finit dans la pétarade !

08/07/2009

Fenêtre d’hiver

 

Pour répondre au nouveau défi de Philippe : "De ma fenêtre, je vois..."

 

arbres ciel sombre IMG_9603

A travers les branches des arbres décharnés, au-dessus des toits rouges encore blanchis par le givre, une demi-lune solaire dispense des filets rouge orange, s’étale en longueur, s’effiloche à chaque instant. 

La demi-lune s’élargit, devient trait épais, souligne dans le ciel une branche horizontale plus imposante.

Combien de temps dure ce moment d’exception ?

Tandis que les nuages blanc jaune continuent à stagner avec indifférence.

Je referme le livre.

Il ne reste rien que le ciel uniforme fondu dans les nuages. Les toits des maisons, au loin, sont  devenus ombres.

Illusion ?
Projection d’un profond désir de lumière ?

22:09 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (9) | Lien permanent

06/07/2009

Âme perdue

J’ai perdu mon âme un matin de septembre
Au lieu de rentrer tranquillement dans les rangs, elle a, sans mon accord, décidé de faire l’école buissonnière.

J’ai eu beau la sonder, la questionner, la houspiller, la forte tête murée dans son silence naissant m’a tourné le dos et a disparu en fumée…happée par le chapeau invisible d’un prestidigitateur virtuel et talentueux !

Depuis, allégée de son poids de plume ou de plomb selon la lourdeur de mes soucis ou la légèreté de mes sourires, je parcours en vain les espaces inconscrits.

Je vous dis sans vous voir des paroles sourdes et vos mots sans timbre résonnent contre mon bouclier dérisoire.

Cela fait plic ploc, parfois, parfois, rien, même pas l’ombrage d’un murmure.
Depuis que mon âme s’est dérobée dans les prémices de l’inconscient, je n’arrive même plus à percevoir le reflet trouble de mon miroir.

J’en déduis que malgré sa vacuité, une âme a parfois quelque utilité.
C’est son vide qui cerne sa quintessence et son essence qui se perd à force de tourner à vide

10:20 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (14) | Lien permanent

01/07/2009

Nils Udo

En écho avec le dernier post d'Helena, je veux vous présenter un artiste qui relève du même mouvement Le Land Art.

Nils Udo, artiste allemand né en 1937, a parcouru le monde et les sites naturels pour y poser ses pinceaux virtuels et composer des oeuvres qui vivent le temps d'une saison, le temps d'une fleur, le temps d'une neige...

Nouvelle exposition udo_flowerwater

 

Nils Udo fait de la nature une peinture vivante et fragile, fugace, quelques instants figée, choisit le fond de sa toile : un tronc d’arbre, une étendue d’herbe, un plan d’eau, y pose son chevalet virtuel, cueille sa palette de couleurs au milieu des fleurs.


udo fleurs neige red 2

 

J’ai éprouvé beaucoup d’émotion devant la beauté de ses compositions éphémères, immortalisées par la photo, une harmonie parfaite avec la nature avec ses composantes orchestrées d’une manière originale
Ses compositions évoquent la finesse des toiles japonaises

Entre ses mains, la poésie humanisée de l’objet de nature prend forme sous l’influence d’un dessein divinisé par l’homme.


udo palmiers CF 28 mai 2009 326 -5


Les dunes ici s’étendent, basses au seuil du paysage.
Les tiges de bambou peignent leur reflet sur les ondes limpides, les palmes couchent leurs éventails sous le souffle du vent.
Et des autruches invisibles déposent délicatement leurs œufs tels des champignons sur des échasses.

Il empoigne l’énergie vitale de la nature, la façonne à sa manière dans ce qu’elle a de plus beau, de plus proche du vrai : ses couleurs aux nuances enviées par les peintres, ses éléments minéraux aux formes subtiles, ses végétaux à la composition raffinée.

Et par la photo, il surprend l’instant de l’éphémère beauté de la nature, lui conférant une forme d’immortalité artistique.


nils udo eau 305 CF 28 mai 2009 red 2

 

Pour Nils Udo, l’œuvre d’art a une vie qui naît, se développe, vieillit et meurt.

Cette fragilité de l’œuvre née dans la nature et de la nature est la symbiose entre la nature comme réservoir de « matière » et l’homme comme sculpteur respectueux de cette matière dans son cadre naturel.

Pas d’agression, de destruction, de pillage. Cette fragilité et son caractère fugace ajoutent encore à la poésie du résultat.

Un souffle de vent, une averse orageuse, le passage subit d’une saison à une autre vont modifier ce délicat équilibre, peut-être le faire disparaître complètement.


udo fleurs mauves


Pour l’immortaliser, il faut fixer cet instant avant la décrépitude qui est le lot de ces paysages remaniés par l’artiste.

Cette recherche de la beauté absolue est la quête de Nils Udo en tant que peintre d’abord et ensuite en tant que sculpteur de nature.
De plus, il réussit à donner à l’explication de ses compositions un singulier sens poétique.

Artiste du pinceau, artiste des éléments de nature (Land art), artiste des mots, quel beau parcours pour un seul homme !

nid udo 2

 

 

 

14:24 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Tags : land art, nils udo, nature, ephemere | Lien permanent

Négatif

nuages noirs ciel bleu 6983 -2

 

Quand dans son corset de nuages gris
Elle regarde la mer au loin
Les mouettes deviennent noirs corbeaux
Et le chant des vagues
Complainte de l’exil

12:05 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Tags : exil, solitude, nuages, mer | Lien permanent