30/05/2009

Lettre à Pascal

A Pascal, ancien combattant ...

Oui
Pascal ?
Heureusement que Cécile m’avait prévenue de ton coup de fil.
Pascal ? Tant d’années après !
Pas vraiment puisqu’on n’a jamais vraiment « frayé » ensemble.
On ne faisait pas partie du même univers, quoique de la même classe.

Pascal, ce garçon au regard sévère, cheveux ondulés, voix grave.
Je me souviens.
Je me souviens de photos noir et blanc que tu avais tirées, des enfants d’un home.
Tu avais dit : voyez, dans leurs yeux, il n’y pas la petite flamme qu’on trouve habituellement. Cette réflexion m’avait frappée. Des enfants qui avaient perdu l’étincelle de la jeunesse avant même de vivre vraiment !

Et puis cette année-là où tu effectuas un périple aux Etats-Unis avec ton ami Pierre. Et tu revins en septembre, affublé de cet horrible accent américain de petit « voyou » dynamique.
J’ai retrouvé des relents de ce même accent dans la voix devenue nasillarde de ma fille au retour d’Outre-Atlantique. Tu ris. Tu ne te souviens pas. Ah ? J’avais un accent ?

Le plus simplement du monde, comme à un vieux pote, tu me racontes le cours de ta vie, ta famille, ton travail, ton changement d’orientation professionnelle (passé chez « l’ennemi » : la publicité !), l’évolution de ton mode de pensées, ta silhouette qui s’est épaissie au fil des ans et plus encore après ton sevrage-cigarette.

Je ris à mon tour. Je te parle de ma distanciation par rapport au groupe, de mon refus historique de participer aux réunions d’anciens combattants, de gens qui sont restés dans ma mémoire sans que nos routes se croisent à nouveau, des gens que tu as sans doute connus, toi aussi.

Aujourd’hui, il te revient de sonner le nouveau rassemblement des anciens révolutionnaires d’après 68, ceux qui remettaient tout en cause y compris la personnalité de leurs profs et le contenu de leurs cours, qui voulaient une formation à la carte.

Oui un moment historique dans notre parcours estudiantin.
Un coup d’épée dans l’eau dans le déroulement de notre formation !

Moi, petite fille timide et distante qui avait occulté ma créativité au fond de mon être, je n’aimais pas trop l’ambiance fusionnelle que certains d’entre-nous  voulaient créer. Je restais sur mes gardes, parfois absente. Je n’admettais pas l’échec et cette seconde session d’avant dernière année brisa net mon dernier élan d’énergie.

La dernière année, celle des grandes décisions, des grands départs, je l’ai vécue dans ma léthargie, sans goût, déjà blasée. Et je suis partie sans regret. Je n’éprouvais nul besoin de revoir mes collègues de classe !

Tu me dis « La vie nous fait évoluer, je lis beaucoup, tu t’intéresses aux livres, tu pourras me conseiller… »

Comme c’est étrange. Un fossé de toujours vient subitement de se remplir.
Eh oui, j’ai enfin l’impression de te connaître, toi avec qui je n’avais jamais vraiment parlé.

Oui, Pascal, si je le peux, je viendrai pour la confrontation des anciens. J’exorciserai ce passé que je n’aimais pas trop. Je viendrai avouer que je n’ai pas eu de grand destin, pas réalisé de chefs d’œuvre comme les compagnons du Tour de France mais je dirai que ma vie fut pourtant bien remplie, laissant peu de place à l’auto-apitoiement.
Je viendrai vous dire que je suis contente de vous retrouver, de vous rencontrer enfin.


                                  *********************

Oui, Pascal, je suis venue et j’ai refait ta connaissance, je t’ai lu devant tout le monde cette lettre que je t’avais écrite.

Tu t’es absenté quelques instants et tu es revenu t'asseoir près de moi pour m’offrir le plus beau des cadeaux : la photo de cet enfant dont je t’avais parlé, un enfant si beau au regard presque vide sans joie et sans tristesse, je l’ai reconnu, dans ma mémoire, il n’avait pas changé.

J’espère toutefois que la vie ensuite a pu éveiller en lui quelque étincelle de lumière…
A toi qui un jour l’a mis à l’honneur sur la pellicule, merci …

24/05/2009

Mon arpent

blés verts 3

Enfant, j’en ignorai presque l’existence, si près de là où je vécus.
J’ai toujours aimé, pourtant cet endroit coupé du monde au cœur du monde.

J’y comptais les passages d’oiseaux de plumes et d’oiseaux d’acier. J’y pansais mes blessures réelles ou imaginaires, mes déceptions passées ou futures, mes regrets valides ou invalides.

D’un souffle, je les projetais au-delà des cimes, loin au-dessus des champs à perte de vue, loin, par-delà la frontière, là où un jour j’aurais pu te rencontrer.

Je fermais les yeux et retrouvai aussitôt un regard apaisé, immobile, presque absent. De ces retraites en solitaire, j’ai appris à découper les détails de l’ensemble, à détacher les nuances tendres des jeunes feuilles parmi les roseaux desséchés au fil de l’écoulement des saisons. Après avoir aspiré pendant tant d’années à la fusion brûlante, je cultivais sagement un certain détachement, pas toujours sincère, mais plutôt bienveillant. Contre mauvaise fortune bon cœur, disait l’adage de la résignation ! La sagesse des ans a dévidé la toile dense pour la reconstruire plus lâche, plus souple, plus aérienne.

Et puis un jour un rêve fou – ne le sont-ils pas tous, à l’heure où jour et nuit se diluent- s’est empêtré dans le filet, déstructurant ma belle architecture pseudo-solide.
Un rêve fort, autoritaire, envahissant – mais ne le sont-ils pas tous quand la vie vous paraît si vulnérable – un rêve cimenté de mots tendres venus d’ailleurs dans un immense train qui s’est penché à ma fenêtre.

J’ai matérialisé dans les méandres de ma pensée ce rêve dans cet endroit coupé du monde, et cet endroit est devenu convergence. Les couleurs moins grises, plus vives, le soleil moins blafard ou plus scintillant, les nuages moins lourds, plus vaporeux.
J’aurais pu rester suspendue à me perdre inlassablement au-delà des champ striés ou des mers de verdure. Attendre le signe de la connivence : un vol d’oiseaux à l’équilibre parfaitement dessiné, la course d’un gibier aux abois, le trot presque impatient d’un cheval contrarié, le tracé timide d’un arc-en-ciel ou la douce brise d’un après-midi de printemps.
Et de mon cœur qui depuis longtemps, avait perdu l’attrait de la passion, un tendre filament irradiait peu à peu, insolite et troublant.

Dans cet endroit coupé du monde, au cœur d’un monde dont je perçois l’existence, là ou seule mon ombre reflète l’empreinte du soleil sur la terre, je ne me sens pas solitaire bien que tout porte à croire dans les apparences que je le sois.
Je ne t’appelle pas. Je sens que tu es là, je sens sur ma nuque comme un souffle léger de tendresse et sur mes cheveux, une douce caresse qui part et qui revient…

10:01 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (7) | Lien permanent

20/05/2009

Réalité (s)

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Il y a dans le monde des choses qui n’appartiennent pas au monde et pourtant sont. Plus fortes, voire plus réelles que la réalité du monde parce que subjectivement présentes dans notre esprit.

Trouver l’équilibre entre ce que la société appelle peut-être à tort la réalité concrète et notre interprétation abstraite d’autres réalités relève d’une prouesse équilibriste.

Entre deux chaises ou sur le fil du funambule sommes-nous sans cesse à nous poser les questions sur la matérialité de là où nous posons le pied, là où notre réalité subjective abstraite pourrait coïncider avec la réalité objective, sinon dans quel gouffre enfermons-nous notre esprit ?

La société dans ses structures matérialistes et militarisées voudrait que nous ne déviions pas des trajectoires qu’elle a pré-établies pour nous. Les déviants seront sanctionnés ou marginalisés, ils pourront dans le monde où ils s’enferment s’échapper par l’esprit de la cruauté du monde standardisé.

Mais l’esprit aussi est régenté par la société dans ses déviances, l’homme pour échapper à ces contraintes a plusieurs solutions : la folie, le rejet de la société, le suicide ou …la créativité.

18:18 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (6) | Lien permanent

16/05/2009

Slumdog Millionaire

Un peu tard, je sais, pour présenter ce film sorti début 2009, mais dans la petite ville où j'habite, les programmations se font à leur rythme, c.à.d. lentement.
Peu importe l'actualité d'un film si l'on pense qu'il restera longtemps dans les mémoires, c'est ainsi que je choisis mes visites au cinéma !

slumdog

Par curiosité, parce que j’aime l’énergie qui se dégage des Bollywood, je tenais absolument à voir Slumdog millionaire, réalisé en Inde par un cinéaste occidental.

Mais ce sont là deux mondes complètement différents : les Bollywood généralement ne traitent que de milieux fortunés ou alors même s’ils traitent de la pauvreté, le font plus à travers les mots qu’à travers la présentation des situations objectives (exemple : Lagaan).

Slumdog nous fait pénétrer d’une manière extrêmement rythmée (un rythme de films d’action) dans l’Inde des bidonvilles, de la misère et de l’exploitation des enfants, des guerres de religions, de l’intolérance…

Deux jeunes orphelins qui ont vu leur mère tuée sous leurs yeux, vont essayer de sauver leurs peau. Le plus jeune aime Latika qu’il recherche désespérément.
Par amour pour Latika, fan de jeux télévisés, il va se présenter à l’un deux.

Sans véritable culture, mais parce qu’il a vécu tant de situations insolites, confronté à la dureté de la vie, il parvient à trouver les réponses aux questions qui le mettent en contact avec des épisodes marquants de sa vie, comme si le jeu suivait lui aussi son parcours singulier.

Un scénario original qui trouve une fin plutôt conventionnelle dans un dernier décor et une dernière ambiance clin d’œil fulgurant aux Bollywood, une musique dynamisante, aux confins de l’Orient et de l’Occident, des personnages attachants, surtout ces enfants, petits hommes déjà confrontés à une terrible existence, une leçon d’espoir sans doute trop optimiste (mais l’est-on jamais assez et le cinéma est aussi là pour nous faire rêver) , une vision fine d’un constat de la misère sans tomber cependant dans le misérabilisme.

Un regret : l’utilisation presque exclusive de la langue anglaise (je suis une puriste de la VO.) mais comment le réalisateur aurait-il pu choisir judicieusement parmi les nombreux idiomes de l’Inde ?

Et puis cette question de la fin : comment dans un pays si pauvre, des nouveaux riches issus d’un milieu si démuni pourront s’en sortir sans blessures ?

Pas un Bollywood, certes, mais un grand film plein de cruauté réaliste et d’humanité. Ah que grande est la culture de l’Inde…et qu’il est bon pour un esprit occidental de s’y perdre, le temps d’un film !

Slumdog Millionaire de Danny Boyle (2009) est l'adaptation britannique d'un roman indien de Vikas Swarup. Il sera difficile pour le réalisateur de maintenir une telle qualité dans ses films ultérieurs.

17:30 Écrit par Saravati dans Cinéma | Commentaires (5) | Tags : jeux, inde, bidonvilles | Lien permanent

14/05/2009

Une corde pour la discorde

La discorde tisse sa toile infiniment fine et nuancée, ébranle les certitudes des sentiments autrefois confirmés, s’entête à ressasser les paroles perfides, les mots aigus, cherche des ronces dans les déserts, des silex dans les champs, des brisures dans le ciel.
Pour le simple plaisir de semer l’unique graine qu’elle connaît, l’ivraie des cerveaux, le fiel de la bouche, les acouphènes des pavillons, les corps flottants des champs visuels.

La discorde balance son grand foulard de bruine sur nos têtes, étouffe notre visibilité, asphyxie les paroles consolatrices.
Elle se repaît de la tristesse, de la déprime, du vent rageur.
Elle peinturlure de noir les reflets d’argent, les rires joyeux, les clins d’œil complices pour obscurcir nos horizons qu’elle opacifie de son brouillard

Elle ne connaît ni consolation, ni compassion, ni répit.
Elle alimente les petites contrariétés les transformant en grandes fureurs ivres, elle pénètre dans les cœurs fatigués, les exhortant à responsabiliser leur entourage.

Elle est toujours aux aguets, la moindre alerte, le moindre son, le moindre cri la propulse instantanément sur le champ de bataille à ciel ouvert.

Personne ne l’aime mais elle fait partie de nos vies, s’insinuant dans nos veines, réveillant en nous des monstres de fureur.
Dans sa grande vigilance, elle entend le moindre battement des tempes. Elle ne connaît pas le sommeil mais elle veille jour et nuit à raviver le volcan endormi qui palpite au fond de nous…

Elle résistera aux grands séismes, aux catastrophes naturelles ou humaines, elle est née avec la vie et ne s’éteindra qu’avec elle. On peut la combattre mais tel le phénix, elle renaît, à chaque fois de ses cendres…  

21:39 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

08/05/2009

Un tour de girouette ?

Vous, je crois qu’on se connaît.
Cette manière désinvolte de poser les mots sur l’écran, ce style particulier comme des briques posées de guingois sur un mur en construction, ce sourire que vous savez éveiller d’un seul trait.

Oui, je crois vous connaître ou j’aimerais bien que ce fut vous, parti subrepticement et revenu sur la pointe des pieds, chaussé d’un masque pour éviter les fans si nombreux à vos heures de gloire.
En aviez-vous assez de ces ovations répétées, de ces compliments enrobés de miel et qui, je crois étaient pourtant sincères car vous êtes bourré de talents ?

Moi, j’ai toujours aimé ce que vous écriviez mais sans admiration excessive, c’est mon caractère, je n’idolâtre pas, j’essaie de garder la tête froide et les idées claires. Je ne faisais que ressentir des choses, comme si je les avais vécues moi-même et j’avais envie d’aller plus loin dans votre démarche introspective. Sans voyeurisme toutefois ! Puis votre disparition inopinée mais que j’avais pressentie pourtant sans vraiment y croire.

Alors vous êtes revenu ? Sous votre masque de Zorro, vos armes sont toujours dangereuses et atteignent leur cible.
Je suis ravie de vous revoir, de vous entendre, de vous lire…

Comment ? Ce n’est pas vous, me suis-je trompée ? Serais-je atteinte d’une sorte de fixation dont vous seriez l’objet désirable, vous qui dites ne rien connaître de moi, hormis cette visite par hasard sur ma route ?

Mais je vous en prie, ne vous fâchez pas, il s’agit d’une erreur, je vois des fantômes partout surtout si je les appréciais quand ils ne l’étaient pas encore. Vous n’allez pas vous aussi claquer la porte ?

Non, en y regardant de plus près, votre style est différent, mais très accrocheur, intéressant.

Comment je peux dire ça alors que vous ne m’avez écrit que deux lignes ?

Si, croyez-moi, vous avez du talent et il ne faut pas cent mots pour en avoir l’intuition, je suis une découvreuse de talent, ne le savez-vous pas ? Vous riez ? Non, restez encore et revenez souvent. Je suis contente de vous connaître : vous avez un sacré caractère et j’aime ça !

02/05/2009

Créer des histoires

Je voudrais créer, créer des histoires qui ne me ressemblent en rien, semer le trouble dans les esprits qui voient mes paroles comme l’expression de mon âme, qu’ils sachent enfin que je suis capable de m’évader de mon enveloppe physique et mentale et revêtir d’autres habits, respirer d’autres atomes, survoler d’autres continents.


Faire fi une fois pour toutes de sentiments auxquels je ne crois pas vraiment. Relent de romantisme. Oublier les rendez-vous fous que je me suis imaginé presque au seuil de ma réalité.


Me détacher de tout cet attirail qui m’encombre aujourd’hui, envahit mes pensées sans que je puisse l’orienter, casser cet état de dépendance, de vaine sentimentalité.


Assurer d’être seule avec moi-même, sans regrets, sans tristesse, sans frustration.

Ne plus chercher de traces ni ici ni ailleurs, ne plus attendre de signes quels qu’ils soient.


Quiétude absolue.

Seras-tu créativité ou néant ?

12:14 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (10) | Lien permanent