24/04/2009

Pour simplement te parler d'elle...(fin)

Comment je t’ai retrouvé ? Hé oui, les nouvelles technologies : ma fille m’a tellement parlé de Facebook et je me suis dit que c’était là un moteur de recherche exceptionnel (je ne parlerai pas de mes réserves à l’égard de cet outil qui a autant d’inconvénients que d’avantages et qui est aussi une intrusion dans la vie privée). Alors je lui ai demandé de m’aider, ce qu’elle a fait volontiers et puis on a pu « se parler » échanger quelques phrases banales sur l’écran, échanger nos numéros de téléphone. Et me voilà.

 

Mais surtout ce que je voulais te dire c’est que je l’ai retrouvée, elle, notre pourvoyeuse de bonbons, dans une maison de retraite. Elle m’a reconnue, elle a toujours plein de ciel dans les yeux et sa coiffure de petite fille aux cheveux raides.

Elle me présente ses enfants, ce n’est pas toujours une maman très fidèle, parfois, elle se débarrasse de l’un pour le remplacer par un nouveau et puis elle leur choisit un prénom et l’oublie. Ses bébés sont très sages bien serrés les uns contre les autres dans leur poussette, sont très propres avec leurs vêtements aux couleurs pastel à la mode d’autrefois, ils gardent leurs yeux de verre ouverts et on doit les balancer si on ne veut pas soutenir leur regard.

 

Comme si son instinct maternel rabroué dans sa jeunesse s’était réveillé, elle a tant d’amour encore à donner et les poupées n’en sont jamais sevrées.

 

Une femme-enfant, dis-tu ? Oui, sans doute, elle a même décidé de suivre les rythmes scolaires. Les jours d’école, elle s’attable avec ses crayons et son cahier à colorier, elle me montre ses dessins, me parle de ses problèmes techniques : le marqueur bleu qui perce le papier, le crayon vert qui est tout suite écourté parce qu’il y a tant de prairies …Elle me montre les animaux qui la font sourire.

 

Elle ne se souvient plus de ses bonbons, elle a épuisé son stock et usé ses dents à les croquer, peut-être qu’on les lui a confisqués !

 

Elle a maintenant la notion du temps, elle connaît les jours de classes et les jours de vacances et quand ce sont les vacances, elle ne travaille pas, elle regarde le destin de Lisa à la télévision, elle aime bien Lisa parce que peut-être Lisa réagit parfois puérilement aux situations d’adultes !

 

Elle me pose des questions sur mes enfants : où-sont-ils ? Viennent-ils souvent ici ? Où vivent-ils ? Sont-ils encore à l’école ou plutôt elle ne peut pas imaginer que les enfants n’aillent pas à l’école, qu’ils grandissent, deviennent des adultes et doivent se lancer dans le monde, devenir indépendants. Dans son univers, les enfants restent des enfants, à jamais !

 

Ses enfants, à elle, sont loin, ils n’ont eu qu’une existence si brève avec elle, des petits oiseaux tombés du nid et qui se sont envolés aussi vite pour ne plus jamais revenir.

 

Tu crois qu’elle s’en souvient ? Je ne sais pas. Quand on est optimiste, on a tendance à emmurer les souvenirs tristes.

Elle est optimiste. En souriant, elle me parle de son père mort il y a quelques années, son père qui s’occupait si bien d’elle et sa sœur qui vient la voir régulièrement, je l’ai vue une fois ou deux tout au plus.

 

Je ne me souviens pas qu’elle ait eu un père et une sœur, je ne me souviens pas des personnes avec qui elle vivait Enfant, je m’imaginais qu’elle vivait seule. Aurait-elle sur un tard trouvé une famille, été adoptée ?

 

Je ne veux pas l’assommer de questions, réveiller peut-être en elle des épisodes douloureux. Je me contente de lui raconter des histoires qui la font rire aux éclats, elle est belle quand elle rit même si ses dents sont bien abîmées et derrière les paupières plissées par le rire, je vois encore le bleu de ses yeux !

 

Tu es content qu’on se soit parlé aujourd’hui, et surtout d’apprendre qu’au fond, notre maman d’occasion n’a pas été malheureuse.

 

J’espère que tu as eu la vie que tu as souhaitée. Moi, je n’y pense pas, je me laisse vivre, je regarde autour de moi et je ne me plains pas.

Oui, moi aussi, je t’embrasse !

20:41 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

Commentaires

Oh oui, elle est magnifique cette maman d'occasion,
tu la décris d'une si belle façon que j'en suis émue :-)
Et puis, à côté de ça, il y a 2 destins qui ont fait leur chemin de leur côté, si proches et si éloignés à la fois...elle est drôle la vie...
Bisous Saravati, beau we :-)

Écrit par : Loo | 25/04/2009

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Oui, sûr qu'on les lui a confisqués - c'est d'ailleurs, n'est-ce-pas, l'une des grandes spécialités du genre humain.

Écrit par : Chr. Borhen | 25/04/2009

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Bonsoir Saravati, je passais en coup de vent ces derniers jours. Ton histoire est très jolie et pleine de tendresse. Petit détail amusant qui a un lien avec ton histoire : un ami d'enfance vient de retrouver ma trace sur le net !
Bise.

Écrit par : Angelina | 26/04/2009

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oh oui!! tu vois les miracles de la technologie se confirment là puisque je peux te retrouver sur firefox et lire cette si jolie suite.
tu vois au fond çà me conforte dans mon idée: Elle aurait très bien pu élever ses enfants:)! mai s n'est ce pas, ce n'est qu'un fiction, enfin je crois,je suis sûre que tu es une cachottière.
et l'ami retrouvé? apparemment tout c'est bien passé? on a envie de le connaitre aussi et puis au fond pas trop, il reste l'ami avec qui on parle d'Elle!
j'ai été ravie, vraiment ravie de lire cette histoire.
re merci et bonne soirée!
beau we. bien amicalement.

Écrit par : mimi | 09/05/2009

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