10/03/2009

Le retour de Sabine

Sabine se trouvait dans le groupe juste en face du mien. Blonde aux yeux bleu-vert, cheveux courts, ondulés, visage fin, jolie, vêtue avec classe. Une fille sans histoires, sans chichis. Plutôt timide, toute en réserve.

Elle avait, semble-t-il, les mêmes problèmes de rythme que moi lorsqu’il fallait battre la mesure en frappant dans les mains. On se regardait alors en souriant : connivence d’être prises en défaut !

Nous avions parlé à quelques reprises lors des interruptions, autre chose que les propos banals si fréquents dans une assemblée de joyeux drilles.

Un jour de concert où nous nous étions attardées, elle m’avait paru plus détendue que d’habitude : nous avions dû nous habiller de couleurs solaires, couleurs qui lui seyaient à merveille et qui, la lumière aidant, embellissait chaudement l’environnement et réchauffait les coeurs.
Elle aimait passionnément les chevaux, s’intéressait activement à l’hippothérapie, en parlait avec ferveur. Son visage si calme s’illuminait alors.

Puis vinrent les vacances d’été. Sans répétition. En septembre, Sabine ne revint pas. On ne s’inquiéta pas trop : il y avait une grande mobilité dans le groupe.

Quelques semaines plus tard, ce fut un silence atterré que je trouvai en arrivant. On venait d’apprendre la terrible nouvelle : Sabine s’était donné la mort.
Sans l’avoir vraiment connue, je sus ce jour-là que j’avais perdu une amie. Les questions insensées du pourquoi nous assaillirent pendant longtemps.

Longtemps, j’ai imaginé qu’elle allait arriver en retard ou qu’elle était là, à sa place habituelle, en face de moi, peut-être cachée par une autre silhouette, qu’il me suffirait de me pencher pour la voir sourire. L’illusion était rattrapée bientôt par la réalité : Sabine ne chanterait plus jamais parmi nous. Elle s’en était allée discrètement, telle qu’elle était.

Quelques mois plus tard, nous chantions sur un podium à la fête de la musique. Tout à coup, mon attention fut attirée par une jeune femme, de profil, vêtue de gris perle, le visage affligé, comme extérieure à l’euphorie qui régnait sur la place. Je tremblai d’émotion : Sabine était revenue. Mais si distante, insensible à la joie ambiante. Je sentais en elle une peine incommensurable. L’instant d’après, je tournai de nouveau mon regard vers l’angle où je l’avais aperçue : elle avait disparu.

J’ai raconté cette impression à deux de mes collègues. L’une d’elles m’a affirmé qu’elle aussi avait vu ce soir-là, une femme qui lui ressemblait. Une femme au visage d’une infinie tristesse. Peut-être Sabine, revenue pour un ultime au revoir !

22:22 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (4) | Lien permanent

Commentaires

qui sait...
peut-être était-ce elle
ton texte touche...fort...

Écrit par : Coumarine | 12/03/2009

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sans doute oui! elle devait être là, retrouver un peu de ce qu'elle avait volontairement laissé, revivre un court instant une complicité et sans doute ne l'a-t-elle pas perçue, pas comprise?
c'est triste et beau et doux à la fois.
bises et bonne soirée!
je reste longtemps sans passer mais je lis tout:)!

Écrit par : mimi | 13/03/2009

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Etrange et troublante ton histoire.... J'ose te suggérer de lui envoyer des pensées pleines de lumière, ça l'aidera peut-être.

Écrit par : Angelina | 14/03/2009

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Merci pour le texte. Merci de participer, toi qui n'aimes pas être guidées.
Pas moyen de mettre des commentaires hier. Tout semble être rentré dans l'ordre.
Je voulais te dire hier, que c'était peut-être bien Sabine qui était apparue.
Une tante (décédée depuis un moment) est venue me rendre visite dans ma chambre, un soir. Une rencontre que je ne suis pas prêt d'oublier.

Écrit par : Philippe D | 15/03/2009

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