10/02/2009

Pain et chocolat - Pane e cioccolata

35 ans après, ce film de Franco Brusati qui a reçu de nombreux prix (Ours d'argent en 1974 et nombreux prix de festivals de cinéma catholiques !) est presque introuvable. A part une version italienne, sous-titrée en anglais. Même les vidéoclubs ne le possèdent pas.

Qu’a fait ce film pour attirer l’opprobre des gens bien-pensants ?

Après toutes ces années, je l’ai revu en petit comité et avec le recul, ce film me paraît encore plus percutant et n’a pas vieilli dans son propos.

Il présente la problématique des immigrés (ici italiens, surtout, mais aussi turcs, grecs, espagnols…) qui n’arrivent pas à faire vivre leur famille, vont chercher fortune ailleurs, en l’occurrence en Suisse.

Décalage entre les valeurs des peuples, humiliations au travail, peur de l’autorité, nostalgie du paese et de la famille restée là-bas, rôle de l’argent qui pourtant ne fait pas le bonheur de ceux qui en ont trop…

Scènes comiques à la Charlot : le serveur turc énervé se bat avec une cuisse de poulet qui s’envole et atterrit dans l’assiette d’une bourgeoise toute inondée de sauce…
Episodes apparemment comiques mais terriblement prenants, scènes à l’aigre-doux des clandestins qui travaillent au noir, à tuer et déplumer des poulets. Et qui, pour ne pas devoir payer de logement, acceptent de vivre dans un poulailler réaménagé, en se pliant pour ne pas heurter le toit. pour "se distraire" ils imitent les poulets dans leurs cris et leurs danses d’une façon tellement réaliste que leurs visages même prennent des airs de volaille. Et ils lorgnent avec admiration, derrière le grillage de leur poulailler-maison les enfants des patrons, beaux blonds et blondes qui se baignent nus et profitent d’un soleil conçu uniquement pour eux, éloge satirique d’une forme de « race aryenne », face à la « laideur » noire et méditerranéenne des chicken killers.

Désillusion, envie, nostalgie, exclusion, besoin de tendresse … un microcosme de la société dans toute sa misère et sa cruauté, mais vu à travers dérision et humour caustique.

Un film pourtant actuel puisqu’il parle de sans-papiers, de la peur de perdre un emploi même précaire, d’une société à deux niveaux : les nantis et ceux qui écrasent, du désir de reconnaissance exacerbé au point de gommer ses propres origines.

Tout cela ponctué par la musique mélancolique et majestueuse de Haydn, Mozart et Bizet qui célèbre la grandeur de la Suisse capitaliste et froide, d'une part ; et d'autre part par des chansons populaires italiennes, lot des pauvres immigrés qui chantent pour supporter leur dur quotidien, chansons qui rappellent au héros son pays et qu'il ne supporte plus d'entendre.

Voilà une fine critique de la société bourgeoise, capitaliste et raciste.
A ressortir des tiroirs s’il n’en a pas été complètement banni pour toutes sortes de raison.


Pane e cioccolata – 1974 réalisé par Franco Brusati, Avec Nino Manfredi , admirable, son meilleur rôle assurément, et Anna Karina, très émouvante.

11:05 Écrit par Saravati dans Cinéma | Commentaires (4) | Lien permanent

Commentaires

Là vous jouez sur une "Lame larme très sensible" et qui m'alarme comme beaucoup de vos textes.

Écrit par : Sylvaine | 10/02/2009

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Ouf le peuple suisse a dit oui (en gras) à la libre circulation...extension de la Bulgarie et Roumanie.

Écrit par : Sylvaine | 10/02/2009

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un simple extrait... et on est bouleversé.
j'ai regardé sur le site de la FNAC, il y a une pétition pour sa réédition en français.
bonne soirée:)!

Écrit par : mimi | 12/02/2009

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j'ai les boules par vous versées moi aussi là : merci d'avoir proposé si gentiment de vous donner à moi pour mon ciné-chiner !
je vous bise !
quel beau film , quelle belle époque !!

Écrit par : A. No Name Cactus | 22/11/2009

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