10/01/2009

Fissures

billes or rouge  3 - 528

 

Les fissures sont là, ancrées. Le temps qui passe ne les émousse pas, ne les nivelle pas, il laisse éclore encore davantage la fleur de la douleur enfouie.

Rien à l’extérieur ne présage de l’orage latent qui gronde sous la peau, de la révolte sourde qui frémit dans l’esprit. Consensus illusoire, l’esprit a transcendé le corps, le corps a fait comme si tout allait bien, couvert par des apparences trompeuses, façade érigée malgré soi devant la société.

Grandir avec cela, en assumant à chaque instant le poids de son existence, terrible responsabilité pour l’enfant devenu adulte et qui se révolte contre les choix que la vie lui a imposés, les erreurs de programmation génétique, les moyens qu’il estime maladroits pour y remédier : les tortures de la médecine, les chimies de produits toxiques, le rôle de cobaye parce que l’alternative n’existait pas, les opérations mutilantes et pourtant salvatrices dans l’immédiat… simple numéro parmi les adhérents involontaires à la différence.

Personne n’est parfait mais quand chaque jour qui vient le rappelle à travers des rituels tellement lourds et contraignants, culpabilisants… comment arriver à une forme de sérénité ?

Comment ne pas avoir envie de chercher ailleurs : d’autres médecines, d’autres drogues, d’autres regards, d’autres manières de vivre, d’accepter l’inacceptable ?

Je comprends la rancœur de la branche à moitié cassée qui s’accroche et hurle, je comprends son cri qui vient du profond de son âme, il se manifeste tantôt par l’humeur, la mauvaise foi, le mutisme, la colère. Il est légitime, il clame : je veux vivre complètement …

Et moi, ici, loin de cette réalité vécue par l’autre, je pleure de n’y pouvoir rien faire, impuissant, inutile, un poids mort pour celui qui souffre.

20:15 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (10) | Lien permanent

Commentaires

Beaucoup d'enfants souffrent dans leur corps et dans leur âme! Et pourtant, la petite enfance est tellement importante pour l'homme de demain. L'enfant marqué l'est à vie et même s'il arrive à surmonter certaines épreuves, elles lui forgent un caractère, le font devenir ce qu'il ne serait pas devenu sans elles.
Mais c'est la fatalité, la faute à pas de chance!

Écrit par : Philippe D | 10/01/2009

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Je reviendrai te lire calmement.
Bonne nuit et merci pour tout.

Écrit par : lidia | 10/01/2009

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Magnifique... Oui, magnifique texte chargé de compassion...
Combien futiles mes voeux pour cette année nouvelle par rapport à ce vécu déchirant !!
Merci pour ton passage...
Richard

Écrit par : richardunord | 11/01/2009

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Ton impuissance devient un combat avec tes mots. L'empathie est ce qui nous relie à l'humanité et aux arbres aussi.
Ton texte est très beau.
Je t'embrasse

Écrit par : lidia | 12/01/2009

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Ton texte est bouleversant. Tu n'es pas loin de cette réalité vécue par l'autre puisque tu l'as portée dans tes mots jusqu'ici.

Écrit par : Angelina | 12/01/2009

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Si tu savais comme ce soir j'ai du mal à lire ton texte, il me bouleverse completement
gros bisous

Écrit par : sylvie | 14/01/2009

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....

Merci, même si ça ne veut rien dire.

Écrit par : Loo | 16/01/2009

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Je ne trouvais pas les mots, d'où les petits points,
je ne les ai toujours pas, mais ces mots me touchent profondément.
Bonne nuit, un beau we à toi.

Écrit par : Loo | 16/01/2009

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rien à dire... simplement que ce texte me touche particulièrement!
sur ton post cache cache on ne peut aller, n'apparaît que l'image et ta colonne de gauche??? que ce soit sous firefox ou google. j'essaierai ultérieurement!
bon we!

Écrit par : mimi | 17/01/2009

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La banalité des naissances sans taches nous fait croire, sans meme y penser, que donner le jour à un enfant est une chose simple comme du papier à musique et que les petites trous nous chanteront comme aux autres la mélodie du bonheur ! Hélas, c'est sans compter sur les poinçonneurs espiègles ou malvaillants et voilà la musique qui devient requiem de douleurs ! Il faut du courage aux parents, mais que ne faut-il pas de courage à celui qui souffre et qui pourtant veut rester en vie ? Vivre normalement comme un pied de nez aux malédictions génétiques. Ah, Saravati, ça me touche tant.

Écrit par : gicerilla | 13/09/2009

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