09/12/2008

La jeune fille et le fleuve

Les choristes s’en donnent à cœur joie, leurs voix légères ou profondes, hautes ou basses s’élèvent au-delà des berges du fleuve ou se heurtent aux murs crépis de la placette écrasée de soleil.

Mais tandis que les sourires fusent sur les visages des spectateurs, j’observe le fleuve.
Une ombre s’y dessine, si proche du parapet. Une jeune fille noire, inquiète regarde à gauche, à droite, se retourne, l’air fuyant.

Attend-t-elle quelqu’un ou le fuit-elle ? Imperméable aux chants joyeux, indifférente aux mouvements de la ville.

Elle est là depuis plus d’une heure comme un animal aux aguets.
J’ai peur. J’essaie d’entrer dans son monde intérieur.
Je m’approche, essaie de lui parler.

Elle se mure dans son silence, refuse même de croiser mon regard.
Inconsciemment elle me communique sa peur.
A ses pieds gît un cartable, son cartable abandonné, comme elle l’est ce samedi après-midi.
Voilà 24 heures que l’étudiante aurait dû rentrer chez elle.
Elle est si jeune. Quinze ans peut-être. Elle tremble de rentrer. De qui a-t-elle peur ?

J’appelle du renfort à la rescousse.
A force de discuter à sens unique, on a découvert une adresse sur l’étiquette de son cartable

Une représentante des services sociaux l’a prise en charge.
Cette nuit elle sera hébergée dans un milieu sécurisant.
Demain, après-demain, après avoir prévenu la famille qui doit s’inquiéter, on avisera.

Je garde longtemps en mémoire l’expression de ses yeux apeurés.

Quelques jours plus tard, au hasard d’un trajet en ville, je l’aperçois dansant sur le trottoir.

Si j’ouvrais ma portière, je pourrais peut-être même l’entendre chanter. Elle sourit.
Elle a retrouvé l’allégresse et l’insouciance qui doivent être celles de son âge

Belle faculté d’oubli de la jeunesse.

09:34 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

Commentaires

trés émouvent! et heureuse justement de cette fin qui permet d'imaginer qui sait, un chagrin d'amour aussi violent qu'éphémère, une copine perdue... l'un de ces petits soucis si énormes à cet âge.
bonne journée et à bientôt!!!

http://libres2.skyetblogs.be

Écrit par : mimi | 09/12/2008

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Bonjour C'est une belle histoire et je crois que l'on garde en soi ces réactions de défense.

Je crois que devenir grand c'est garder aussi cette fidélité à l'enfance..

Nous sommes orphelins sinon?

Mais je ne suis certaine de rien...

Bonne soirée à vous.

Écrit par : Mathilde | 10/12/2008

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Une histoire qui finit bien. Ce n'est pas toujours le cas. Mais j'imagine la suite : une nouvelle détresse, une nouvelle fugue,...jusqu'à ce que jeunesse se passe!

Écrit par : Philippe D | 11/12/2008

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La jeunesse est une douleur en manque de compréhension...

Écrit par : draguer | 21/08/2014

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