05/12/2008

Au fil du jardin(2) - UN AMOUR DE CHIEN

Avec la mort de sa grand-mère, Sylvie avait perdu son refuge à la campagne. Comme elle regrettait le superbe jardin qui était devenu le sien et qu’elle ne reverrait plus ! « Un jour, moi aussi, j’aurai mon jardin avec mes cactus, je l’installerai dans une région ensoleillée et j’y planterai toutes les fleurs que j’aime, j’y inviterai mes amis, j’aurai des animaux qui me tiendront compagnie. »

Devant la tristesse de Sylvie qui regrettait les beaux week-ends à la campagne, les parents étaient désarmés. Christophe, lui, avait bien sa bande de copains d’école. En grandissant on préfère souvent l’ambiance de la ville.
C’est alors que papa eut une idée, pour sortir Sylvie de sa mélancolie, il fallait lui donner un compagnon, il savait qu’elle aimait les animaux et il revint un jour avec un adorable petit cocker qui fut aussitôt adopté. Bien sûr, Belle n’était pas la propriété exclusive de Sylvie, les jours de chasse, il l’emmenait avec lui.

Mais la chienne eut tôt fait de manifester sa préférence pour la petite fille. Sylvie aurait bien voulu la garder près d’elle jour et nuit mais il faut quand même respecter un minimum de règles. Donc, chaque soir avant de monter se coucher, il y avait entre eux le rituel du gros câlin  …

Ce soir-là semblait un soir comme tous les autres : Sylvie était assise par terre près de la chienne, c’était l’heure des adieux, demain, l’école. Un peu vivement,  Sylvie se pencha vers la chienne.  Que s’est-il passé alors ? La bête était-elle dans son univers, elle s’effraya et mordit la fillette au visage. Sylvie abasourdie porta la main au visage, sentit la chaleur du sang sur sa peau, un filet rouge dégoulinait sur son beau pull blanc, descendait  sur sa jupe plissée. Que faire ? Avant de penser à elle, Sylvie pensa à la chienne qui serait forcément punie si ses parents apprenaient son coup de folie. « Il faut que j’aille jusqu’à l’évier sans que mes parents me voient »  Maman se rendit compte de son silence, l’appela : «  Que fais-tu Sylvie, tu n’es pas encore partie coucher ? Viens ici ». Sylvie ne bougeait pas, papa prit sa grosse voix en insistant, alors Sylvie se leva et vint les trouver. Maman  faillit se trouver mal en voyant le visage sanguinolent et la blessure près de l’œil droit . « Tu as l’œil crevé » cria-t-elle. Papa pragmatique parla de se débarrasser de Belle.
« Si elle a mordu une fois, elle recommencera, on ne peut plus avoir confiance… ». Sylvie, désespérée et prête à tout pardonner à la chienne qu’elle aimait tant , pleurait, suppliait papa de changer d’avis. Cette nuit là, elle dormit très mal, elle se voyait abandonnée de Belle et l’imaginait, aboyant, enchaînée dans la cour d’une grande ferme carrée.

A l’école, Sylvie, si timide, fut le lendemain le centre de tous les regards, les filles l’encerclaient, lui posaient des tas de questions. Sylvie, toute rouge, n’osait pas répondre de peur de dénoncer la chienne et de la faire détester de tous. Les élèves rentrèrent en classe, la maîtresse appela Sylvie à son bureau pour un interrogatoire serré …on ne sait jamais, les parents…des sévices…de la cruauté…

Alors pour sauver la face,  pour ne pas accuser son amie, Sylvie mentit pour la première fois de sa vie : elle raconta qu’elle était tombée sur sa chienne, qu’elle avait eu très mal et que sous l’effet de la douleur, celle-ci l’avait mordue. Que maintenant papa voulait donner la chienne, alors Sylvie ne put plus contenir ses larmes, la maîtresse la prit dans les bras, lui expliqua que ses parents avaient eu très peur pour elle. Les autres enfants dans la classe voyaient  les bras de la maîtresse autour des épaules de Sylvie qui pleurait. Sylvie se sentait très mal à l’aise, cet affreux moment semblait durer longtemps, longtemps !

Ce soir-là quand Sylvie rentra chez elle, elle chercha Belle et ne la trouva pas. Elle courut vers sa mère qui lui annonça que papa avait emmené la chienne chez le vétérinaire, il voulait comprendre ce qui avait bien pu se passer, Sylvie imaginait que le vétérinaire avait dû étudier la psychologie des chiens et pourrait ainsi lui répondre.

Une heure après, qui parut une éternité, papa revint avec Belle : le diagnostic était posé : Sylvie en s’approchant de la chienne avait touché son oreille douloureuse : Belle avait une otite et ce geste avait réveillé la douleur chez la chienne qui, par réflexe, l’avait mordue.
« Cela n’excuse pas son geste », dit papa, « mais cette fois-ci, je veux bien que tu la gardes à condition que tu ne traînes plus par terre avec elle, tu n’es pas une petite bête, tu es une petite fille ». Voilà Sylvie face à des obligations d’adulte : bien se tenir ! Pour l’amour de Belle
Sylvie était prête à tout promettre, même la lune. Elle savait qu’elle ne tiendrait pas ses promesses…mais qu’importe Belle resterait dans la famille !

Avant d’aller se coucher, Sylvie se regarda longuement dans la glace, elle était défigurée, la paupière, juste en dessous de l’oeil, le nez et une partie de la bouche allaient garder les traces de cet incident !

De toute façon, se dit Sylvie, devenue philosophe, c’est arrivé et punir Belle ne m’aidera pas à retrouver une jolie frimousse !
Ah l’amour, comme il fait souffrir parfois !

09:52 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

Commentaires

C'est très beau les histoires d'amitié ou d'amour entre un enfant et un animal. Mais un animal reste un animal et les cas comme celui-ci ne sont pas rares malheureusement!
Ne parlons pas des gens inconscients qui ont des monstres chez eux et qui ne les gardent pas enfermés.
Que deviennent les gens "mordus"? Leur vie n'est-elle pas foutue?

Écrit par : Philippe D | 07/12/2008

Répondre à ce commentaire

trés triste fin! mais çà me conforte dans l'idée de surveiller les enfants qui jouent avec les animaux parce que c'est vrai que là c'est une histoire mais c'est malheureusement souvent le cas dans la vie.

Écrit par : mimi | 09/12/2008

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.