04/11/2008

ANIMA ANIMALIA (1)

 

Voici un texte écrit il y a quelques années lors d'un concours de nouvelles. Ce texte resté dans les oubliettes, blotti dans un  classeur, est réapparu et j'ai souhaité vous le présenter en deux parties.

 

Si loin que je remonte dans ma mémoire, j’ai toujours eu une relation saugrenue avec les animaux.
Peut-être est-ce dû au fait que tout enfant normalement constitué est naturellement attiré par des  créatures qui ressemblent à des jouets que l’on ne peut pas maîtriser et que l’on peut cajoler à souhait si elles daignent l’accepter.

Ce n’était pas l’avis de mes parents, particulièrement pour ma mère qui n’a jamais éprouvé que répugnance (ou plutôt peur) envers les bêtes. Elle m’expliquait que dans son enfance, ses propres parents élevaient des chèvres et des moutons qu’elle considérait avec une parfaite indifférence et dans un esprit mercantile : fournisseurs de lait et de gigots. De plus, elle fut très jeune responsable de leur ravitaillement, à l’âge où les autres enfants s’ébattent dans les champs ou les bois. Sans doute avait-elle gardé une certaine rancune à l’égard des animaux et elle voulut très vite l’inculquer à ses enfants.

Loin d’être dociles, nous avons tout essayé pour avoir un animal de compagnie : nous adoptions les chatons de la ferme voisine (à condition que maman n’en sache rien), nous tressions des colliers de fleurs pour la belle jument de trait et nous ramassâmes même un jour un chien qui avait été abandonné sur la route ou qui s’était égaré. Nous l’avions caché dans la grange et nous le nourrissions en cachette au grand dam de maman qui fut ravie quand une voisine se proposa d’adopter l’animal, ce qui fut fait sans tenir compte de nos sentiments.

    Ce « manque affectif » fut un pilier constant dans ma vie  et j’ai recherché tantôt de manière active tantôt de manière passive de le combler. J’ai, à diverses époques, cohabité avec un rat, un chien, des chats et même  une mouche. Certains de ces animaux avaient un ou plusieurs vices qui m’insupportaient très rapidement. Ou au contraire, je m’y attachais tant que leur disparition tôt ou tard inéluctable, me plongeait dans le plus profond désarroi.

    Le rat avec ses mines d’écureuil, ne cessait de me griffer le cou et de pousser de petits piaillements plaintifs. C’était l’animal de ma fille partie aux States pour un an, un cadeau d’anniversaire de son copain de l’époque, qui manifestement ne connaissait pas ses goûts (elle est complètement indifférente aux petites mines des bêtes, elle préfère de loin la gent humaine avec qui elle entretient des rapports chaleureux). Elle se contentait de lui jeter quelques graines et de remplir son petit réservoir d’eau qu’il ne cessait de renverser, ce qui ne les rapprochât pas, bien sûr. Une fois partie, loin des yeux, loin du cœur (mais en avait-il été jamais autrement ?) elle s’attela à étudier la gent américaine, ce qui l’intéressa au plus haut degré et laissa à sa jeune sœur le soin de s’occuper de l’animal. Agata a toujours aimé les animaux quels qu’ils soient, mais elle a une âme d’artiste et les artistes sont généralement réputés pour leur grande distraction ! En ayant marre des va-et-vient nocturnes du rat, elle rangea sa cage dans une autre chambre et l’oublia. C’était une période de canicule et l’animal ne survécut pas dans le désert de la soif. L’affaire fut habilement étouffée de peur d’une immixtion de la S.P.A. dans nos affaires. Aujourd’hui je peux en parler tranquillement puisqu’il y a prescription.

    Et puis il y eut Toffu, un horrible et adorable boxer de quelques semaines, horrible parce que ses yeux globuleux sortaient de leurs orbites d’une manière effrayante, adorable parce que c’était un véritable rayon de soleil tant sa jovialité était communicative.

Ce n’était pas un choix personnel, j’avais conscience de par l’expérience du rat, de la responsabilité de vivre avec un animal mais mon fils qui s’est toujours distingué par des goûts provocateurs hors du commun, avait flashé sur la bouille renfrognée de Toffu et l’avait ramené au bercail sans crier gare. D’abord un peu décontenancée par les rides et le regard langoureux de Toffu, j’avais très vite été séduite par sa gentillesse et sa sociabilité.

Hormis le fait que Toffu, bien qu’extrêmement affectueux, était un fugueur invétéré, il s’amourachait particulièrement des jeunes enfants qu’il suivait sans vergogne. Maintes fois il faillit se faire envoler par une voiture, mais dans ce domaine, il semblait que le dieu des chiens veillait sur sa bonhomie.

La fatalité allait s’attaquer à mon nouveau compagnon de travail (il m’accompagnait au boulot carpette quelque peu difforme et coqueluche des amateurs de chaleur animale, attendris par ses ronflements diurnes cadencés).

Cette race de chien est sujette aux mastocytomes et Toffu présenta peu à peu les symptômes diffus de cette maladie. J’arpentai alors régulièrement les salles d’attente des cabinets de vétérinaires. Tout fut tenté dans la limite des connaissances médicales de l’époque : exérèse, radiothérapie, chimiothérapie… et multiples traitements médicamenteux.

Mais tout le monde aimait Toffu et la maladie voulait aussi se l’accaparer, les cellules cancérigènes continuaient à proliférer de manière anarchique. Il mourut dans mes bras dans une souffrance indescriptible.

15:38 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (2) | Lien permanent

Commentaires

connaîtra-t-on la suite demain? j'aime beaucoup! il m'arrive d'écrire des nouvelles, essentiellement je dois dire dans le cadre d'ateliers d'écriture. et puis comme à aussi pour mon propre plaisir. mais il faut vraiment que ce soit court, concis, que çà aille à l'essentiel et c'est le cas ici: rien de superflu!
je te souhaite une bone soirée, à bientôt!

Écrit par : mimi | 04/11/2008

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je ne peux vivre sans animaux et pourtant je me suis jurée que mon Only serait la dernière....J'aime ton texte quoique bien triste !
bonne soirée
gros bisous

Écrit par : sylvie | 04/11/2008

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