27/10/2008

Hibernation

 

branches gouttes feuilles version fin

 

 

Les ombres rousses des feuilles mortes
Délimitent le champ visuel
À travers la fenêtre dédoublée
Même mortes, elles vivent
Agitées par le vent d’automne
Couchées sur l’herbe humide
Vestiges d’un arbre étêté

Qu’attend l’homme pour évacuer
Les branches le retour du printemps
L’espoir d’une montée de sève
Pourtant impossible?

Sans la lumière du soleil
Le paysage reste figé

Fermer les persiennes
Pour oublier
Lumière enfouie
Fermer les oreilles.

14:23 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (7) | Lien permanent

20/10/2008

Le maître d’école

Le maître d’école se tient debout devant son bureau de chêne, il est grand, un peu raide avec des yeux gris rêveurs, le teint pâle de celui qui reste enfermé pour étudier.

Il a beaucoup d’indulgence pour les enfants remuants, il se contente de les regarder tristement, alors par je ne sais quel miracle de la télépathie et de la persuasion, les enfants se calment, reviennent s’asseoir en lui lançant un petit sourire d’excuse.

Le maître explique qu’il fut un élève dissipé qui faisait le désespoir de ses parents mais qu’il a rencontré sa bonne étoile, un ange gardien qui lui a appris à grandir, à cesser d’être un petit animal remuant, à respecter quelques règles élémentaires de vie en société.
C’est le rôle des enseignants de canaliser l’énergie débordante des élèves et de leur ouvrir des perspectives de vie.

En passant entre les bancs, le maître caresse sensuellement les pupitres de hêtre, le maître aime toutes les essences de bois, lui-même à ses heures sculpte le bouleau : ses personnages sont des enfants rieurs ou des marionnettes dégingandées.

Le maître parle des animaux avec respect, il a troqué le bonnet d’âne des cancres (il n’aime pas voir ces animaux utiles humiliés) contre une couronne de lauriers pour les enfants modèles.
Il est un adepte des Fables de la Fontaine qu’il commente avec talent quoiqu’il n’apprécie pas trop certains de leurs personnages.
Le maître parle du pouvoir de l’argent dont il faut se méfier, il croit plus en la persévérance et au courage pour réussir dans la vie.
Il pense que la vie n’est pas linéaire et que l’on peut être maître de son destin si on choisit la bonne voie.

Les parents se disent que le maître est trop philosophe pour les enfants, qu’il délaisse un peu trop les sciences et les maths pour leur parler d’histoire et de littérature, de morale aussi…
Mais quand ils se trouvent devant lui, malgré les bonnes résolutions prises pour lui demander de changer, ils n’osent plus rien dire : sa haute stature, son attitude digne et raide, sa pâleur de bois blanc, ses yeux tristes et rêveurs en imposent tellement qu’ils ne trouvent pas les mots pour le toucher. Il ne leur semble pas humain, pourtant une véritable gentillesse émane de sa personne. Ils sentent qu’il a dû vivre de grands drames dans sa vie et par respect pour sa dignité, ils ne veulent pas remuer en lui des souvenirs douloureux. Même le directeur, pourtant réputé autoritaire n’ose pas lui faire de remarques sur le contenu de son cours pas très traditionnel.

Tout le monde se rend compte qu’il est le seul à imposer sans fracas aux enfants une discipline bienveillante.

On parle beaucoup de lui, on ne connaît ni son origine ni sa famille, on n’ose rien lui demander, lorsqu’il vous regarde, il vous convainc d’un regard que ces choses n’ont vraiment pas d’importance.
On murmure cependant qu’il est d’origine italienne, de Toscane plus précisément, qu’il vient d’une région boisée et qu’il n’a plus aucun parent en vie. On ne lui connaît pas d’aventures sentimentales, il n’a pas d’amis ni de relations.

Le facteur a fait savoir aux gens du village qu’il recevait une lettre bleue une fois par an, de sa marraine, semble-t-il. Quand le facteur la lui porte, il tient à la lui remettre en mains propres car à ce moment précis, cette lettre diffuse une douce lumière dorée. Votre courrier, Maître Pinocchio !

12:02 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Lien permanent

15/10/2008

Lac suédois

Redimensionnement de barque lac

Une canne à pêche abandonnée ou oubliée sur un muret de pierres.

Une barque blanche retournée, rivetée au sol.

Un ponton rudimentaire, presque bancal où l’on s’avance avec appréhension

Des barques alourdies par l'eau stagnante dispensée par les dernières pluies, ancrées solidement aux arbres voisins.

Le ciel gris à peine visible à travers les innombrables conifères, un filet de bleu métallisé traverse l’épaisse couche de nuages aux formes suggestives.

La lisseur sereine de l’eau claire qui s’étend, uniforme presque à l’infini.

Les grosses pierres, partie visible des icebergs qui jaillissent le long des berges et accompagnent poétiquement le balancement des joncs.

Pas un chat, pas un homme, pas un être alentour en ce dimanche de fin de saison.

Les rares maisons voisines aperçues sur la route qui mène au lac semblent aujourd’hui désertées.

Vestige de la vie : quelques jouets d’enfants multicolores s’éparpillent sur la pelouse, notes de couleurs vives sur fond de verdure.

Seuls nos pas pourraient résonner sur l’herbe gorgée d’eau.

Seul le silence nous accompagne

Majesté de l’instant.

07:58 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (7) | Lien permanent

13/10/2008

An-inspiration

J’admire ceux qui ont la plume alerte et légère
Qui ne manquent jamais un rendez-vous d’écriture
Pour qui toutes les raisons sont bonnes pour s’exprimer.

Aujourd’hui dans mon arrière pays mental, arrière saison
Ciel bas. Humeur chagrine. Page blanche.

La caisse de résonance de mon inspiration sonne creux !

11:07 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (7) | Lien permanent

3 Nouvelles contemporaines

3 nouvelles 3

Je n’ai vraiment pénétré dans ce livre de nouvelles qu’au travers de la lecture critique qui l’accompagne.
Mais la littérature ne devrait-elle pas se suffire à elle-même ? A-t-elle besoin d’être systématiquement décortiquée voire autopsiée pour nous révéler la vérité d’entre les lignes ?

Un critique littéraire est aussi un réécrivain, un interprète, un traducteur.
Pourquoi certains auteurs sont-ils si complexes, si touffus, voire si confus que leurs textes doivent être déshabillés pour être accessibles au commun des lecteurs ?

 3 Nouvelles contemporaines, paru chez Gallimard en 2006, présente trois auteurs qui pour l’opinion littéraire ont déjà fait leurs preuves puisqu’ils ont chacun reçu un prix :
Patrick Modiano : Prix Goncourt, 1978
Marie Ndiaye : Prix Fémina 2001
Alain Spiess : Prix Renaissance de la nouvelle 1998.

L’éditeur n’a donc pas pris beaucoup de risques en publiant des auteurs déjà consacrés.
Mais ce choix me laisse perplexe : est-ce dans l’air du temps de se cantonner dans un pessimisme noir ?

Le livre qui comprend une analyse littéraire encense les différents textes en relevant les éléments positifs, allant même jusqu’à y découvrir des pointes d’humour (que personnellement je n’ai pas ressenties !)

Il  y a quelques similitudes dans le fonds des histoires, notamment la relation à l’argent, la famille, le milieu social occupé par le narrateur par rapport aux autres protagonistes.

Les thèmes de l’abandon, de la solitude, de l’anorexie physique ou mentale, de la souffrance intériorisée sont certes pourvoyeurs de portraits intimistes forts, mais j’aurais espérer trouver dans ces trois textes plus de « légèreté » dans le style, de perspective d’avenir ou d’espoir et pourquoi pas de sentiments partagés.
Je suis restée sur ma faim.

00:04 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (1) | Lien permanent

08/10/2008

Pavillon L

Les âmes des enfants morts
S’estompent le long des corridors blancs
Leur rire cristallin
A peine audible
Se heurte sans bruit
Aux fines parois de plâtre

Ils ont vécu ici
Dans de grandes cages vitrées
Loin des humains bien-portants
Ne recevant la visite
Que de quelques scaphandriers
Bardés de bouteilles au liquide gelatineux
Ou chargés de plateaux à la nourriture insipide

Les âmes des enfants disparus
N’ont toujours pas compris
Pourquoi leur vie d’en-bas
Fut si transparente,
Si fugace, si vaine…

Pourquoi un jour apparemment comme les autres
Les gouttes de leur sang se sont figées
Ou ont commencé une ronde infernale
Qu’avaient-ils fait de mal
Pour être ainsi séparés des leurs
Pour ne plus sentir contre leur joue fievreuse
La fraîcheur d’un visage aimé
Ou le doux chatouillement
Des doigts de leur frangin ?

Le compte-à-rebours
Orchestré par le goutte-à-goutte
A continué sans répit
À scander le rythme de leur vie fragile
Espoir de greffe,
Progrès de la chimie
Restés sans résultat

Les âmes des enfants morts
Attendent les suivants
Cinq cages transparentes
Viennent d’être aménagées
Le combat inégal va bientôt s’achever.

Pour Justin, mort de leucémie à deux ans à peine.

09:39 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (7) | Lien permanent

05/10/2008

Première déception

Elles étaient vraiment mignonnes. Annabelle aussi mignonne qu’Emeline. Emeline qu’Annabelle. Ni plus, ni moins. Egales. Pareilles. Absolument identiques.
Grands yeux pervenche, boucles blondes, bouche rieuse, voix chantante. Des vraies jumelles, parfaites monozygotes.
Difficile donc de les reconnaître. l’une le miroir de l’autre, l’autre, le reflet de l’une.

Pourtant, Ben avait flashé sur Annabelle. Mystère du coup de foudre : selon ses dires, plus jolie, plus enjouée, plus gentille.
Une douce romance prit son envol chez nos deux tourtereaux. C’était l’idylle parfaite, chaque moment partagé était un réel bonheur. Bonheur aussi pour les yeux bienveillants qui les observaient, conscients d’une si grande connivence.

Ben était vraiment le seul à pouvoir reconnaître son Annabelle. Il parlait déjà de fiançailles. Il voulut la présenter à ses parents dans la plus classique des traditions. Avec la cagnotte amoureusement constituée à cette occasion, il acheta la plus belle des bagues.
Impatient, il ne put attendre davantage pour la lui offrir.

Ben s’avança vers sa bien-aimée. Elle le regarda, étonnée, sans lui tendre la main. A côté d’elle, sa sœur prit un air courroucé. Jalouse ? Non : offusquée, terriblement et définitivement. Ben, dans son euphorie, s’était trompé de jumelle. Le charme s’était rompu. Il s’était adressé à Emeline sous le regard d’Annabelle, dépitée. Confus, Ben appris à ses dépens que l’amour est aveugle !

Il ne se pardonna pas son erreur : son instinct l’avait trahi : c’était un signe prémonitoire.
Annabelle, quant à elle, trouva son prétendant déchu trop volage !

A cinq ans, dans la cour de récréation, Ben connut ainsi sa première déconvenue amoureuse.
Certes, il n’avait pas choisi la facilité en s’engageant avec une vraie jumelle.
Il n’était pas muni du sixième sens indispensable pour la reconnaître à coup sûr.

15:17 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (7) | Lien permanent

03/10/2008

Terre happy à l’horizon de Bruno Coppens

bruno coppens réduit

Tournaisien d’origine, Bruno Coppens ne peut dénier ses accointances avec l’esprit français.

 

 

Maître dans l’art du calembour pressé, la course effrénée des mots pris à leur propre piège, il nous emmène  sans ambages dans un one-man-show couché. Terre Happy est un spectacle où le divan du psychanalyste devient une sorte de tapis magique où le comédien exprime ses angoisses existentielles, ses délires obsessionnels et assène allègrement des coups de griffe à la société ambiante.

Sans avoir nécessairement le cerveau lent, j’avoue que j’ai parfois du mal à suivre les effets boule de neige (je dirai même tornade de neige) de ses innombrables clins d’œil qui s’enchaînent sans aucun répit pour le spectateur non averti. Beaucoup de références « culturelles » font surtout appel à la mémoire d’un public d’âge moyen.

Un bel hommage émouvant aussi à celui que l’on pourrait considérer comme son parangon, Raymond Devos, le jongleur des mots.

Le regard acéré, froid et très lucide que Bruno Coppens pose sur sa projection dans la société ne lui confère pas spécialement une  aura de sympathie. La vivacité d’esprit mêlée à la causticité et à l’autodérision ne sont pas garantes de popularité universelle, les humoristes en sont conscients !

Moyennant quelques aménagements « sociaux et historiques », ce spectacle belge pourrait rencontrer quelques succès au pays de Molière.

 

Spectacle  "Terre Happy" présenté à Mouscron le 28 septembre 2008

Prochaines représentations : Comines (28/10/2008) - Braine l'Alleud (7/03/2009)

 

11:15 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (1) | Lien permanent

01/10/2008

Arbres

arbre  peinture réduit signé

Les forêts sont des endroits étranges où domine une couleur uniforme aux multiples nuances

Arbres majestueux, serrés ou espacés
Arbres symboles de vie, réservoir de chlorophylle
Arbres pétrifiés, calcinés, vestiges de mort douloureuse
Arbres-maison pour des tas d’espèces d’oiseaux et d’insectes
Arbres étêtés ou étendus par la main des hommes qui leur confèrent une destinée domestique

Partout où la vie des hommes s’est densifiée, la forêt s’est réduite.

Equilibre inégal des forces.

Aujourd’hui sur la planète qui pleure la souffrance d’une nature non préservée, les arbres en vie restent encore source d’espoir.
Pour combien de temps ?

10:51 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (5) | Lien permanent