20/10/2008

Le maître d’école

Le maître d’école se tient debout devant son bureau de chêne, il est grand, un peu raide avec des yeux gris rêveurs, le teint pâle de celui qui reste enfermé pour étudier.

Il a beaucoup d’indulgence pour les enfants remuants, il se contente de les regarder tristement, alors par je ne sais quel miracle de la télépathie et de la persuasion, les enfants se calment, reviennent s’asseoir en lui lançant un petit sourire d’excuse.

Le maître explique qu’il fut un élève dissipé qui faisait le désespoir de ses parents mais qu’il a rencontré sa bonne étoile, un ange gardien qui lui a appris à grandir, à cesser d’être un petit animal remuant, à respecter quelques règles élémentaires de vie en société.
C’est le rôle des enseignants de canaliser l’énergie débordante des élèves et de leur ouvrir des perspectives de vie.

En passant entre les bancs, le maître caresse sensuellement les pupitres de hêtre, le maître aime toutes les essences de bois, lui-même à ses heures sculpte le bouleau : ses personnages sont des enfants rieurs ou des marionnettes dégingandées.

Le maître parle des animaux avec respect, il a troqué le bonnet d’âne des cancres (il n’aime pas voir ces animaux utiles humiliés) contre une couronne de lauriers pour les enfants modèles.
Il est un adepte des Fables de la Fontaine qu’il commente avec talent quoiqu’il n’apprécie pas trop certains de leurs personnages.
Le maître parle du pouvoir de l’argent dont il faut se méfier, il croit plus en la persévérance et au courage pour réussir dans la vie.
Il pense que la vie n’est pas linéaire et que l’on peut être maître de son destin si on choisit la bonne voie.

Les parents se disent que le maître est trop philosophe pour les enfants, qu’il délaisse un peu trop les sciences et les maths pour leur parler d’histoire et de littérature, de morale aussi…
Mais quand ils se trouvent devant lui, malgré les bonnes résolutions prises pour lui demander de changer, ils n’osent plus rien dire : sa haute stature, son attitude digne et raide, sa pâleur de bois blanc, ses yeux tristes et rêveurs en imposent tellement qu’ils ne trouvent pas les mots pour le toucher. Il ne leur semble pas humain, pourtant une véritable gentillesse émane de sa personne. Ils sentent qu’il a dû vivre de grands drames dans sa vie et par respect pour sa dignité, ils ne veulent pas remuer en lui des souvenirs douloureux. Même le directeur, pourtant réputé autoritaire n’ose pas lui faire de remarques sur le contenu de son cours pas très traditionnel.

Tout le monde se rend compte qu’il est le seul à imposer sans fracas aux enfants une discipline bienveillante.

On parle beaucoup de lui, on ne connaît ni son origine ni sa famille, on n’ose rien lui demander, lorsqu’il vous regarde, il vous convainc d’un regard que ces choses n’ont vraiment pas d’importance.
On murmure cependant qu’il est d’origine italienne, de Toscane plus précisément, qu’il vient d’une région boisée et qu’il n’a plus aucun parent en vie. On ne lui connaît pas d’aventures sentimentales, il n’a pas d’amis ni de relations.

Le facteur a fait savoir aux gens du village qu’il recevait une lettre bleue une fois par an, de sa marraine, semble-t-il. Quand le facteur la lui porte, il tient à la lui remettre en mains propres car à ce moment précis, cette lettre diffuse une douce lumière dorée. Votre courrier, Maître Pinocchio !

12:02 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Lien permanent

Commentaires

J'apprécie la façon dont tu as imaginé la maturité de Pinocchio. Devenir ce maître d'école qu'on aurait aimé avoir est une belle façon de matérialiser les leçons qu'il a expérimentées.

Écrit par : Angelina | 20/10/2008

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Bonjour, Voilà bien un message qu'on devrait faire passer au enseignants de cette époque, pour la plupart, on se demande ce qu'ils enseignent à nos enfants...
Je te souhaite un agréable fin de journée, malgré la grisaille de ce jour.
Bisous

Écrit par : SOLEDAD | 21/10/2008

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Le message est passé, Soledad. J'ai en moi, je crois, certaines attitudes de maître Pinocchio mais, peut être devrai-je penser un peu plus à entrer dans sa peau...pardon, dans son bois!Pas facile d'être toujours au top!

Écrit par : Philippe D | 21/10/2008

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bonsoir Saravati ce n'est pas la première fois que je viens sur ton blog et jamais encore, je n'ai posé un commentaire mais j'aime lire tes récits, tes histoires et connaître la réaction des "amis" visiteurs.Mais aujourd'hui, je me sens obligée de dire à Soledad qu'elle a certainement eu un instituteur du genre de ton récit, mais qu'elle n'a pas appliqué ses leçons de sagesse et d'amour et encore moins ses leçons d'orthographe.Sur quatre lignes , se permettre de faire deux fautes d'orthographe, je crois qu'on n'a pas le droit de se permettre de critiquer les enseignants.Aussi, à toi, Saravati, pour ton récit, je te couronne de lauriers et Soledad, je lui dis qu'il est impossible de la coiffer car elle a la tête bien trop enflée.Elle aurait dû faire un autre choix!!!!Mais surtout pas les enseignants !!!!!

Écrit par : maxi | 21/10/2008

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Beau métier difficile que celui d'enseigner. Ce qu'il dispense, n'en déplaise à Soledad, permet à qui sait s'en saisir avec une vraie volonté de faire mieux de sa vie qu'en le négligeant !
:)

Écrit par : martin | 21/10/2008

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Merci pour le gentil message ajouté sur mon blog, ça me fait très plaisir.

Écrit par : Philippe D | 22/10/2008

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Joli petit délire Savarati... eh oui, qu'est devenu Pinocchio ? personne ne le sait... et pourquoi pas maître d'école ?
Petit message à Soledad: les enseignants essaient de faire leur travail du mieux qu'ils peuvent, chacun avec sa personnalité... mais si les parents ne les suivent pas, ou s'ils passent leur temps à les dénigrer au lieu de les soutenir... cela ne pourra jamais fonctionner...

Écrit par : nestor | 22/10/2008

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Ce texte est superbe, de même que Lac suédois... Beaucoup d'élégance dans l'écriture et de raffinement! Tu as le don de transformer une anecdote en vérité essentielle "seulement visible pour le coeur" pour paraphraser Saint Exupéry.
Je ne rentrerai pas dans le débat sur les profs -je m'adresse aux auteurs des commentaires qui te sont destinés- car j'en suis une -de "prof"- et je ne veux pas me laisser emporter par mon ressenti; il me semble que ce n'est pas le contexte approprié pour des débats; ton blog est une création artistique et devant toute oeuvre d'art seule demeure essentielle l'émotion esthétique, la plus pure qui soit. Aussi je salue tes beaux textes; à bientôt Saravati

Géraldine

PS: merci aussi pour ton message déposé sur mon texte Immortalité. Quand l'heure sera venue de changer d'existence, nous serons j'en suis certaine bien surpris de ce que nous pourrons découvrir- tant de richesses insoupçonnées! La mort n'est, je pense, qu'un changement de réalité.

Écrit par : MULLER Géraldine | 26/10/2008

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Ah oui! J'oubliais! C'est encore moi! Bravo pour la chute de ta nouvelle! Entre rêve et apprentissage, je pense qu'il n'y a aucune différence; pour les deux il s'agit de mystère et de conquête...

Écrit par : MULLER Géraldine | 26/10/2008

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