08/10/2008

Pavillon L

Les âmes des enfants morts
S’estompent le long des corridors blancs
Leur rire cristallin
A peine audible
Se heurte sans bruit
Aux fines parois de plâtre

Ils ont vécu ici
Dans de grandes cages vitrées
Loin des humains bien-portants
Ne recevant la visite
Que de quelques scaphandriers
Bardés de bouteilles au liquide gelatineux
Ou chargés de plateaux à la nourriture insipide

Les âmes des enfants disparus
N’ont toujours pas compris
Pourquoi leur vie d’en-bas
Fut si transparente,
Si fugace, si vaine…

Pourquoi un jour apparemment comme les autres
Les gouttes de leur sang se sont figées
Ou ont commencé une ronde infernale
Qu’avaient-ils fait de mal
Pour être ainsi séparés des leurs
Pour ne plus sentir contre leur joue fievreuse
La fraîcheur d’un visage aimé
Ou le doux chatouillement
Des doigts de leur frangin ?

Le compte-à-rebours
Orchestré par le goutte-à-goutte
A continué sans répit
À scander le rythme de leur vie fragile
Espoir de greffe,
Progrès de la chimie
Restés sans résultat

Les âmes des enfants morts
Attendent les suivants
Cinq cages transparentes
Viennent d’être aménagées
Le combat inégal va bientôt s’achever.

Pour Justin, mort de leucémie à deux ans à peine.

09:39 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (7) | Lien permanent

Commentaires

Des images fortes que l'on reçoit en pleine figure sans ne pas éprouver colère et révolte devant une telle injustice. Un cri d'amour et de souffrance...

Écrit par : Malvina | 08/10/2008

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Ce poème me touche beaucoup... Il décrit, pour moi, de manière poignante, le combat de beaucoup de malades dans le cadre d'un univers hospitalier froid dans l'application de sa technologie qui a pourtant gagné en efficacité... Ce qui manque, même si cela semble être un cliché de le dire, c'est la relation plus humaine du praticien avec le malade, surtout si ce dernier est gravement atteint- cancer, maladies infectieuses, orphelines, génétiques...
Après des expériences décisives qui ont marqué ma vie, je peux te confier, Saravati, que je suis croyante sans appartenir pourtant à aucune religion précise; une strophe provoque en moi une réaction:
"Les âmes des enfants disparus/N'ont toujours pas compris/Pourquoi leur vie d'en-bas/Fut si transparente/Si fugace/ Si vaine".
Je suis convaincue que chaque âme s'incarne avec son lot d'épreuves- dont elle est parfaitement consciente alors puis qu'elle oublie au moment de la naissance- pour se parfaire et accéder ensuite à un autre niveau de conscience élevée.
Ces épreuves peuvent être sentimentales, professionnelles, physiques... L'expérience de la maladie grave en fait partie.
L'enfant malade, qui part très jeune, est venu selon moi sur terre pour parfaire un cycle, terminer quelque chose, puis son âme s'en va sur autre plan d'existence plus beau. Durant cette épreuve, l'âme aura appris quelque chose pour elle-même mais elle aura aussi enseigné quelque chose d'essentiel aux autres-famille, amis... C'est capital pour l'évolution. Une âme qui choisit de s'incarner avec une telle épreuve est donc très forte sur le plan de l'amour.
Je sais que c'est peut-être facile de penser ça de loin; mais c'est ma croyance et elle me soutient depuis quelques années dans toutes les épreuves ou expériences que j'ai à traverser.
Pour moi, rien n'est vécu au hasard ou en vain.
L'âme de Justin a, selon moi, complété cette oeuvre fondamentale pour laquelle elle est venue sur terre. L'enfant était d'un très jeune âge et cette oeuvre restera, laissera une forte trace bien que ses proches ne le voient peut-être pas dans l'immédiat.
Je te souhaite une bone journée, Saravati

Géraldine

Écrit par : MULLER Géraldine | 08/10/2008

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Content de vous retrouver. J'avais perdu votre trace!
Je vous retrouve donc avec un texte poignant, un hommage vibrant à un enfant, un cas parmi tant d'autres mais tous aussi douloureux. On ressent la douleur de l'enfant, la douleur des parents, la douleur des proches et surtout l'incompréhension. Pourquoi? Pourquoi lui? Pourquoi pas moi? Pourquoi pas un autre?
Qui décide de la vie et de la mort?

Écrit par : Philippe D | 08/10/2008

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souffrances morales ou souffrances physique, les deux peuvent détruire et causer des dégats irréparables...mais, la pire de toute, c'est la souffrance gratuite infligée par un être humain à un autre être humain.En ce qui concerne la maladie, je ne crois pas au hazard, il y a souvent un facteur déclencheur...
merci d'être passée sur mon blog...
Bonne soirée bizzzz

Écrit par : claire | 08/10/2008

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ce texte me touche profondement et j'ai eu du mal à le terminer...bisous

Écrit par : sylvie | 09/10/2008

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Bonsoir Pauvre petit. Quelle injustice. Voilà pourquoi je ne me plaint jamais de mon sort. Je souhaite énormément de courage aux parents. Et que ce petit ange trouve le bonheur là haut.
Je vais essayer de retrouver ma fable de l'arbe aux soucis...
Je te souhaite une très bonne soirée;
Bisous

Écrit par : SOLEDAD | 09/10/2008

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Que d'émotion..... ....et coïncidence, je reviens de 4 jours passés à Lourdes,
Et des enfants,non pas en cage de verre, mais allongés sur des brancards, mi assis,mi couchés, attachés sur des chaises roulantes et toujours cette question: POURQUOI ??? et que pouvons-nous faire ????

Écrit par : maxi | 13/10/2008

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