04/08/2008

Musée de la photographie - troisième tableau

Tout en suivant la guide, le groupe se disperse peu à peu, trop nombreux qu’il est pour pouvoir s’attarder près d’une seule photographie.

Du groupe, un homme cependant s’est détaché davantage. Plutôt indifférent aux prouesses de la petite Sylvie, il a fouillé dans ses poches à la recherche d’un quelconque trésor. Le seul trésor mis à jour consiste en quelques feuilles de papier pliées en quatre et un stylo à bille; il s’arrête contre un mur pour prendre, d’une écriture impatiente et nerveuse, quelques notes rapides. Ce petit manège se répète à divers endroits, près de telle photo, assis sur tel banc, jetant un regard par delà telle fenêtre. Son activisme m’intrigue, est-il en train de préparer un rapport pour son travail, de rédiger un article pour un journal au sujet de l’inauguration de cette nouvelle aile ? Il s’aperçoit de ma curiosité, il me lance de temps en temps un petit sourire furtif, comme pour s’excuser de ne pas être complètement avec nous. Je lui exprime d’un regard ma connivence.
Je sais que le groupe aujourd’hui invité n’est pas nécessairement inspiré par la photo : tous ont gagné un concours organisé par la chaîne nationale de télévision, sans trop savoir quel en était le prix et le prix n’était qu’une visite guidée du Musée à guichet fermé, avec pour couronner le tout, un petit verre de bienvenue.

C’est ainsi que la petite Sylvie a dû accompagner sa maman qui n’avait personne pour la garder et qu’elle a découvert l’art de la photographie ou plutôt en ce qui la concerne, l’art d’occuper l’espace dans un environnement sécurisé et sous l’œil attendri des autres visiteurs.
 
Je décide de retourner dans la salle précédente pour revoir une photo que j’apprécie particulièrement, pour mémoriser le nom de son auteur et voilà que je me heurte à notre écrivain esseulé qui s’est arrêté aussi auprès de la même photo.
Banalité de la conversation : cette photo est vraiment extraordinaire, elle vous intéresse aussi ? Vous êtes journaliste ? « Non, mais j’écris à mes heures et cette photo m’inspire, je crois que j’ai trouvé l’inspiration pour un petit poème »

Se serait-il trompé de musée : il existe bel et bien un musée de la littérature où ses talents pourraient trouver quelque inspiration plus ciblée.
Je sens ses ondes télépathiques se raidir face aux miennes, elle n’a rien compris, me disent-elles ; quelle stupidité  cette idée de ségrégation des différentes formes d’art. Ces lieux sont un réservoir de sources d’inspiration, ils concentrent sur un petit espace des dizaines d’artistes, des centaines d’idées, des milliers d’instants immortalisés sur la pellicule puis sur le papier. Une énergie extraordinaire se dégage de toutes ces synergies.

Sans rien dire, je ne peux qu’acquiescer. Non, ma bêtise spontanée lui a ôté toute envie de me faire partager son texte.
D’ailleurs, un  rapide coup d’œil sur ses feuillets me fait comprendre qu’il n’écrit pas en français, même s’il parle parfaitement cette langue : cela ressemble à du latin ou de l’italien ou de l’espagnol ou du portugais.
Il me toise comme pour me dire : Vous n’en saurez rien, je garde mes idées pour moi, vous êtes venue ici par pure curiosité, voilà bien les femmes !

Les ondes sont particulièrement explicites, je m’éclipse sans demander mon reste. Il ne se doute pas que je l’observe depuis le début, son comportement me semblait plus intéressant que le contenu de l’exposition, eh oui je préfère observer les êtres vivants que des photos figées.

J’ai même cru à un moment qu’il s’intéressait au-va-et- vient de la petite Sylvie, qu’il aimait les enfants (encore que de nos jours, ce genre de remarque est sujet à interprétation) .

Je me suis trompée :ce doit être quelqu’un de narcissique et d’intransigeant, les quelques paroles dont il m’a gratifiée n’étaient qu’une simple concession à la bienséance élémentaire.
Ses ondes qui sont décidément plus communicatives que lui, sont persuadées que ma simple présence est un obstacle à sa tranquillité créative.

Sans même jeter un dernier regard vers le groupe, je décide de quitter le musée, j’en ai assez vu et entendu !
Il paraît que les écrivains ont parfois sale caractère!

12:32 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

Commentaires

J'existe toujours... mais un peu moins... Un peu moins sur les pages virtuelles... Je n'ai plus vraiment le temps de me consacrer à l'écriture et je râle énormément. Je travaille à temps plein depuis le mois de mars, mon contrat vient normalement à expiration, fin de cette semaine mais il se pourrait que j'enchaîne un autre contrat sans crier gare. D'autres problèmes m'ont, en outre, perturbée. Bref, je suis épuisée et un peu dépassée par les événements. Résultat: la traversée du désert se fait sentir dans mes blogs. C'est affreux, je sais mais je frôle le surmenage.

En tous cas, passer sur ton blog, entre deux dossiers, me permet de respirer un peu, de ralentir ce temps qui me manque à présent cruellement, de cueillir quelques mots fondants et charnus qui coulent comme un baume sur mon âme. Merci pour ton assiduité et ton amitié. J'ai bien pris note de ton adresse e-mail.

Écrit par : Nad | 04/08/2008

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bonsoir, j'adore la maniere que tu as d'ecrire tes histoires, moi sur mon blog, ça manque de texte...mais je n'ose pas, j'ecris puis je retire
aussitôt
bonne soirée
bisous

Écrit par : sylvie | 04/08/2008

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merci à toi d'être passé me voir et de tes impressions, cela m'a permis aussi de consulter ton blog que je ne connaissais pas.

Écrit par : josiane50 | 05/08/2008

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Voilà une relation bien agréable d'une rencontre qui l'était nettement moins!
Ton billet sur la Norvège me conforte dans l'envie de visiter ces contrées... les grands espaces m'ont toujours attirée, mais, bizarrement, beaucoup moins ceux noyés de soleil. Le désert me fait peur, sans doute parce que je n'y serais qu'un chameau de plus!!
A très vite, bonne fin de journée...

Écrit par : pierre de lune | 05/08/2008

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