27/07/2008

Polémique autour de la barbe et du fait de plaire

Conversation chez le marchand de fruits du village : aujourd’hui c’est sa dernière séance avant les vacances : il a liquidé ses produits maraichers, il reviendra en septembre avec les nouvelles pommes, les nouvelles poires, les jus de fruits maison.

La conversation, de style à bâtons rompus, s’oriente vers les mauvaises herbes. La seule femme présente dans le groupe n’a manifestement pas la main verte ; cette année, elle a décidé avec l’aide de sa fille de mettre fin à la dictature du laisser tout pousser sans vraiment s’en occuper. L’herbe de pelouse, qui n’est en fait qu’une banale herbe de prairie (pardon les vaches) s’agrémente de pâquerettes, trèfles, chélidoine, orties (bon pour la soupe), pissenlits (excellent palliatif aux épinards), lierre. Les hommes n’apprécient pas les pissenlits, trop amers. Elle rétorque : si, bien cuits avec de l’huile d’olive mais ces messieurs n’aiment pas l’huile au goût puissant. Une de ses connaissances voulait lui proposer de l’huile venant directement de Provence :  achat groupé pour avoir de meilleurs prix, elle a  eu la bonne idée de ne pas s’engager : le prix tourne autour de 30 euros, la bouteille. La notion de prix intéressant est, comme toujours, relative.

On parle de vin de fruits, de Porto aux noix, l’un des hommes, le plus grand, donne de mémoire le mode d’emploi de la fabrication dans les moindres détails, la manière de se procurer de l’alcool en grande quantité… A l’époque de la prohibition, il aurait pu faire l’objet d’une délation.

La femme qui a lu un article sur les « légumes oubliés » demande au maraîcher : « pourquoi ne plantez-vous pas des topinambours, c’est excellent ; on n’en trouve pas facilement.
Les topinambours : c’est délicieux, tout comme les fèves, délicieuses protéines végétales. » « Les topinambours ? Pendant la guerre ils étaient la pomme de terre du pauvre » « Quoi » répond la femme «ces légumes délicieux si rares et si chers. » Eh oui la disette de la guerre modifie la manière de s’alimenter.

On oriente la conversation vers les pelouses et le cycle de la lune :  une des belles-mères aussi suit les cycles de la lune.

Association d’idées : on parle de pousse et de cheveux : comment un homme appréhende-t-il le fait de se raser ?
Les hommes se plaignent de la barbe qui pousse : ils sont tous les deux mal rasés ou plutôt pas rasés depuis un moment : c’est leur grande corvée. Les deux se passeraient volontiers de cet attribut masculin. L’un des deux va plus loin : il se passerait bien de cheveux, aller chez le coiffeur ne l’amuse pas. « Pourquoi ne pas vous raser complètement la tête ? » « Madame n’aime pas. » répond le mari résigné. » « Pourtant les cheveux sont une protection contre les rayons du soleil, contre le froid et un crâne luisant est plus fragile aux variations saisonnières. » « Qu’importe, je mettrais une casquette ! »

Personne n’est jamais content de son sort ; quelque part, cela rassure la femme : les femmes ne sont pas contentes de leur physique : trop grosses ou trop maigres, vilaines jambes, cheveux trop épais ou trop fins, couleur de cheveux moche, teintures décevantes. Parfois le conjoint les oblige à des prouesses vestimentaires ou physiques (blonde platine) après avoir fantasmé sur une star du cinéma.

Quant aux hommes, les femmes finissent parfois par ne voir que leur bide épanoui, leur calvitie précoce, leurs pectoraux relâchés, n’entendre que leurs ronflements tonitruants…

Ah ! que le monde est difficile quand il n’accepte pas des variantes de standard de beauté jamais atteint par le commun des mortels hommes ou femmes… 

19:31 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

26/07/2008

Sentiments

Je n’aime pas l’expression des sentiments forts
Ils mettent à nu notre propre faiblesse

11:30 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Lien permanent

22/07/2008

L'arbre et le poteau

Un arbre en fleurs

Adossé au poteau électrique

Les bras de bois

Croisés dans le dos

Tourne la tête

À la route

Indifférent

Au défilement

Des camions

Aux klaxons impatients

Perdu au milieu des sillons

 

Il domine la nature ambiante

Je voudrais le croquer

D’un rapide trait de crayon

Ou le figer dans la lumière solaire

Au travers de 

Mon oeil focal

 

Tout l’hiver

Nu de ses feuilles

Entouré de ses bras décharnés

Il est resté planté

 

Il ignore le nom des saisons

Qui passent

Il n’en perçoit

Que le chaud

Ou le froid

 

Il est beau

Majestueux

Collé à son menhir de béton

On ne sait lequel s’accroche à l’autre

Ils sont soudés pour le meilleur et pour le pire

Ils en imposent

Aux fermiers pourtant rationnels

Au milieu du champ

Ils structurent le paysage

Le délimitent

L’embellissent

 

Alliage étrange

Du bois et du béton

De la technique

Et de la matière

 

Un arbre cossu l’été

Adossé au poteau électrique

Tourne le dos

Au monde

Et s’enracine chaque jour davantage.

12:07 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (3) | Lien permanent

21/07/2008

Les envahisseurs

La guide vient de finir son speech. Le groupe se disperse à l’intérieur du musée pour revoir les œuvres qui l’ont touché.

Maria Chiara a pour l’instant plus faim de nourriture matérielle que culturelle. Elle propose à J. de s’éclipser discrètement pour aller manger une glace sur la Grand-Place. Les deux ont déjà eu quelque expérience de « perte de groupe » : ici ce n’est pas grave, les terrasses de la place ont vue directe sur la grand porte du Musée. Alors pourquoi prévenir le groupe plutôt lent à réagir quand sonne l’heure du rassemblement ? Vite on sort. Traversée de la place, choix d’une terrasse sous un ciel légèrement voilé.

Au milieu d’une foule déjà installée, une table semble les attendre. A la table voisine, un jeune homme esseulé, lunettes de soleil aux verres dégradés, semble attendre quelqu’un. Il les regarde s’asseoir.

Au bout de quelques minutes, quelques scrupules se pointent à l’horizon chez les deux femmes. On ferait mieux de prévenir les autres pour qu’ils nous rejoignent ». Coup de fil. Grands signes de la main pour l’interlocuteur au téléphone. Les autres arrivent au compte-gouttes. A la table des femmes, restent deux chaises, vite occupées par les premiers arrivants. On grappille quelques chaises autour de soi, on occupe l’espace libéré autour de la table. Mais où mettre tout ce petit monde : tout autour de la table : mathématiquement impossible : c’est bon pour 1, 2 , 4 personnes mais le compteur affiche maintenant 10 arrivées supplémentaires. Alors reste la solution d’envahir l’espace du jeune homme. Il accepte 1, 2, 3, et plus... personnes : il n’a pas vraiment le choix, il devient partie intégrante du groupe.

La situation frise le comique. Maria Chiara attrape un fou rire irrépressible, y entraîne ses voisins. Elle imagine une scène d’un gag de la caméra invisible ou de vidéo-gag avec tout ce beau monde comme acteurs et le jeune homme comme victime. Lui reste sérieux, sans doute un peu gêné. Son verre est vide, il ne manifeste pas l’intention de partir, après tout il est le premier arrivé. Il fait semblant de rien, tourne la tête à gauche, à droite, ses lèvres ébauchent un semblant de sourire mais impossible à vérifier car le regard est invisible derrières les verres dégradés. Il est complètement envahi. On lui propose un verre. Il accepte de suite. Il doit se demander qui est cette bande de joyeux drilles qui rient à gorges déployées alors qu’ils ont passé l’âge des plaisanteries d’adolescents.

L’homme aux lunettes noires, son nouveau verre à la main, le prix banal de la concession, attend le dénouement, placide : l’arrivée en fanfare des cameramen et le moment de la vérité. Il ne se passe rien, pourtant. La conversation à bâtons rompus se poursuit. Il continue de se taire. Il boit sa limonade (patient et en plus sobre !). On l’oublie. On se parle par mini groupes (les distances sont trop éloignées), de tout, de rien, des vacances, des enfants, du travail…
Tiens, l’observateur discret a disparu sans crier gare. Sans même saluer. Jusqu’à la fin, il aura joué son rôle d’acteur impassible dans une « Histoire sans paroles ».


(Cette émission des années '70 présentait des films burlesques de l'époque du cinéma muet)

11:20 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

18/07/2008

La pierre et le sabre

musashi

 

Eiji Yoshikawi – La pierre et le sabre
Edition originale 1971

Bien avant l’alchimiste, un roman initiatique au cœur du Japon du 17e siècle. L’histoire d’un petit voyou, fils de samouraï qui rencontre, dans un moment où tout se ligue contre lui, un prêtre au caractère bien trempé. Celui-ci va, d’une manière rude, le sauver de sa bassesse, lui donner le goût de la recherche métaphysique et lui apprendre à vouloir devenir « un être humain ».

 

Ce roman tel une épopée nous décrit la vie d’un samouraï fameux durant cinq années déterminantes de sa jeunesse (de 17 à 22 ans), son cheminement spirituel, son apprentissage du maniement du sabre guidé en cela, non par des maîtres, mais par son instinct de survie, son amour plus que réservé pour une jeune fille qu’il repousse parce qu’elle représente un obstacle à son épanouissement personnel de samouraï.

Ici la vie humaine a si peu de valeur par rapport au devoir et au sens de l’honneur, les têtes tombent par dizaines sans provoquer d’émotion profonde, c’est une société très dure, on y présente quelques classes sociales avec réalisme et dans leur cadre historique d’époque, avec leurs qualités et surtout leurs défauts : les nobles, les guerriers, les marchands, les paysans, les ronins, les artistes…C’est aussi une page authentique de l’histoire du Japon.

Les personnages se forgent une réalité qui leur est propre pour justifier leurs actes souvent mus par une vengeance tenace ; des intrigants sèment des embûches sur le chemin ombrageux du héros Musashi Miyamoto qui, prenant de l’assurance grâce à ses convictions, sa maîtrise de soi  et son autodiscipline, devient capable de déjouer les pièges.

De longues descriptions sensibles d’états d’âme en connivence avec une nature auréolée de poésie. Tout en respectant une précision descriptive quasi-scientifique, cette nature est en parfaite intimité avec les personnages principaux, même dans les désordres les plus obscurs de ce climat guerrier.

Le symbole du livre est que la renaissance —le héros suite à sa prise de conscience change son nom, devient autre— peut poindre à travers un épais bouillard, peut modifier le parcours d’une vie au départ strictement matérielle, et lui donner ainsi une intense spiritualité.

 

Demande : J'ai toujours des problèmes de textes lorsque j'insère des photos dans mes posts. Le texte (parfois il s'agit d'un seul  mot vient toujours s'agglutiner sur le côté de la photo : quelqu'un peut-il me dire comment procéder pour avoir une mise en page plus correcte c.à.d. avoir le texte complètement séparé de la photo ? Merci

10:34 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (8) | Lien permanent

17/07/2008

Perspective de fête suivie de défaite

Une défaite est un tournant ou la prolongation d’une dérive déjà commencée
Faire de chaque défaite un tremplin pour de futures victoires sur soi même, sur l’adversité, ce qu’on nomme avec circonspection, le destin.

On a beau ne plus avoir 20 ans, on garde encore des illusions, ce coup de fil pour me proposer un emploi en était une matérialisation : « J’ai reçu vos coordonnées par l’inspecteur D., c’est pour un remplacement avec possibilité ultérieure… »
J’ai sauté sur l’occasion rêvée, accepté le rendez-vous, annulé mes congés et fait postposer ceux de mon conjoint.
Bien sûr ce n’était qu’un tout petit contrat mais un premier pas dans la profession. Chouette,  ils ont reconnu mon expérience professionnelle, dans un autre domaine, certes.

Une semaine à attendre le rendez-vous fixé, deux dames (la préposée au poste à remplacer et l’échevine de la culture) me reçoivent, me demandent mon CV, me posent quelques questions secondaires : parcours professionnel, disponibilités, motivation (existent-ils des centaines de motivations différentes pour un emploi déterminé !). Je suis parfaitement à l’aise jusqu’au moment où l’une d’elles me dit : Voilà, vous êtes la dernière personne que nous avons rencontrée, vous aurez des nouvelles la semaine prochaine.
Je réponds, pantoise (eh oui la douche froide sur mes belles illusions d’avoir été l’élue !) : ah et combien de candidats avez-vous ? Quatre. Sont-ils diplômés ? Non, pas encore (comme moi, une année encore avant de l’être).

Dégringolade dans ma tête : je suis une fois de plus la doyenne, pas vraiment au commencement de ma carrière.
Chance infime : on aime mieux la chair fraîche : mes examinatrices ont  la trentaine.
Si elles misent sur la solidarité des tranches d’âge , je vais une fois de plus être reléguée au placard.  Et puis, j’ai travaillé autrefois dans le domaine social (toutefois politisé), milieu culturel dont les tendances s’affichent d’elles-mêmes bien que j’ai toujours gardé une liberté de pensée et un esprit critique.
Quelle est la tendance politique de la commune ? Intérêts communaux : cela ne veut vraiment rien dire, les intérêts prennent la couleur et les fluctuances de leurs investigateurs, et je ne fais pas partie de leur entité géographique. Mon passé professionnel va-t-il jouer ? Mon âge ? Ma personnalité affirmée ?

Pendant ces quelques jours d’attente, j’ai cogité sur la dure réalité de ma situation pour sentir s’effilocher les quelques pelotes d’espoir que j’avais entre temps échafaudées.

Lundi soir, le Grand Conseil doit décider. Mardi rien, mercredi rien. Mon conjoint s’impatiente : que vont devenir les congés reportés peut-être pour rien ? Je téléphone : on ne sait rien, il faut appeler un responsable de la commune  qui me dit les mots tant redoutés : « Désolé, vous n’avez pas été choisie ! » Même pas : ce sera pour une autrefois, les occasions sont tellement rares.  Pourquoi, nul ne le sait, peut-être pas lui-même ! Il faudra que je creuse : pourquoi m’a-t-on fait miroiter un emploi alors qu’il s’agissait d’un simple appel aux candidatures : obligation administrative ? Décision de dernière minute et crainte de n’avoir personne de libre pour postuler en période de vacances ? Alors faire comme si vous étiez l’élue, la seule, sans doute utiliser la même stratégie de présentation (vague et tentante)  afin d’avoir quelques candidats, qui sait candidats-alibis : tout a été fait dans les règles de la pseudo-démocratie, même si pour cela il faut occulter quelques pans de la réalité. Détail pour celui qui décide, pas pour celui qui espère !

Eh oui, je suis jeune dans ma tête pour me faire encore avoir face à de telles manigances.
ça m’apprendra : il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, dans ce cas, c’est moi l’ourse (et pas la grande dans le ciel) et si je ne suis pas encore tuée, ce coup-ci m’a fortement assommée.

Au moins, ça m’aura permis de noyer mon chagrin, non dans l’alcool, je vous rassure, mais dans l’écriture : toute défaite se doit d’être un tremplin pour une victoire : transformer une colère somme toute légitime en exutoire et repartir dans une autre direction. Si cette histoire banale éveille en vous un peu d’intérêt, ce sera mon lot de consolation !

18:30 Écrit par Saravati | Commentaires (3) | Lien permanent

13/07/2008

Promenade sans but


Petite promenade du soir
Ils sont partis à l’heure où les gens bien rentrent chez eux
Le soleil est en train de se coucher
Mais la lumière est belle, tamisée par des nuages blancs

Où vont-ils
Passant par des petites ruelles insoupçonnées
Découverte des recoins du village
Assurance d’une tranquillité recherchée
Après ces journées de bain de foule en ville
Au milieu de la fête de la musique

Même les oiseaux sont absents
Les arbres sont trop loin
Au milieu des champs en pleine poussée printanière
Quelques oiseaux blancs se promènent
Oies, canards ou autres ?
Se sont-ils échappés d’une habitation voisine
Ou sont-ils libres de tout lien, animaux sauvages
En sursis jusqu’à l’ouverture de la chasse ?

La route de l’Aventure
S’appelle vraiment comme cela
Mais ici l’aventure pour beaucoup s’arrête
C’est le chemin du cimetière local

Ici dans ce petit coin tranquille
De la Wallonie profonde
On n’a pas peur des profanateurs de tombes
La porte du cimetière reste grande ouverte
En toute confiance, de jour comme de nuit

Un petit cimetière tranquille
Joliment arrangé
Pas de surpopulation (pas encore)

Elle a quelques membres de sa famille enterrés ici
Des gens très proches
Qu’elle rejoindra un jour sans doute
Si la vie la laisse végéter ici

Elle lui demande
Et toi où veux-tu finir ta course ?
Il ne sait que répondre
Il n’a pas plus d’attaches ici qu’ailleurs
Né dans un pays
Émigré dans un autre
Vivant dans un troisième aujourd’hui
Quelle importance ?

Elle lui répond qu’elle n’aime pas les monuments
Le granit ou la pierre froids devraient être réservés pour l’art des sculptures

 Redimensionnement de tombe revue

Elle rêve des petites pelouses de Scandinavie
Autour des églises en bois debout
Ou dans les sous-bois
Ornées simplement de quelques fleurs régionales
Avec une petite pierre, un nom, une date
Une sérénité absolue
Une harmonie avec la nature
Le retour naturel à la terre

Même les cercueils lui semblent superflus
Il faudrait utiliser le bois
Au lieu de l’enfouir
Fabriquer des maisonnettes
Pour les sans-abri

Elle n’aime pas la crémation
C’est passer trop vite du consistant
Au néant de la poussière
Tout comme la vie naît à petit feu dans l’embryon
La disparition doit être progressive et non pas violente
Elle dit cela sans tristesse
Dans un moment de parfaite lucidité
Elle pense à des amis qui ont disparu en fumée
Du jour au lendemain, il ne restait rien
Etait-ce si urgent
D’effacer si vite toute trace ?

Au passage, ils lisent les épitaphes
Ou les fragments de poésie classique gravés sur la pierre
Il est de beaux textes, peut-être un peu trop standards
Mais si la réalité des sentiments décrites est profonde
Que d’amour transperce ces mots !

Aujourd’hui, elle semble loin de tout cela
Elle ne voit que la beauté du ciel
L’alignement parfait des sobres stèles
Les fleurs déjà fanées ou poussiéreuses

Juste à la sortie du cimetière, un nom attire son attention
Sabine est ici réduite en cendres,
Sabine qui n’a pas eu le temps d’être son amie
Sabine qui n’avait d’autre lien avec ce village
Que ses contacts avec les chevaux dans le haras voisin
Sabine qui est partie en connaissance de cause
Parce que la vie n’avait rien à lui offrir

Ils quittent cet endroit nostalgique
Les stèles sobres
Le monument aux urnes
Les fleurs fanées
Ou poussiéreuses

Devant eux sur la route
Le ciel aux nuages blancs
S’étale dans la splendeur lumineuse du soir.

16:31 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (6) | Lien permanent

12/07/2008

Musée de la photographie-deuxième tableau

Une petite blondinette est arrivée en retard avec sa maman. Qu’importe qui a retardé l’autre !

Sur la liste des invités « quidams », on n’attendait plus qu’elles pour commencer la visite.

Petite fée turquoise au milieu des clichés noirs, blancs, multicolores.
Sourire déjà poseur de l’enfant qui connaît déjà, à trois ans, l’étendue de son charme.

Les salles ouvertes se succèdent sur des photos disposées selon l’humeur du directeur du musée, sans véritable dessein explicite : privilège que l’art a le droit de s’arroger.

La guide très professionnelle situe le parcours des photographes, répond aux rares questions des invités.

Sylvie, petit bout charmant, seule enfant au milieu des adultes sérieux, occupe l’espace dans l’autre salle, grimpe sur les bancs, saute, court, appuie son joli visage contre une fenêtre.

Mais tout cela, en silence : on a dû lui faire la leçon :  elle porte déjà sur ses frêles épaules la conscience de ses responsabilités. Dieu merci ! Cela ne lui a pas ravi son sourire ravageur !

12:59 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

11/07/2008

Musée de la photographie - premier tableau

 
Dans le musée
La petite Sylvie courait
Photographie vivante
Au milieu des clichés figés
Tandis qu’autour d’elle
Les grandes personnes écoutaient la guide
En lui jetant de tant en temps
Un regard courroucé ou tendre

11:49 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (1) | Lien permanent

09/07/2008

Fleur de solitude extraite d'un bouquet de farandoles

De Bé ( laboheme.skynetblogs.be/) à moi, il n'y a qu'un petit pas que je vous invite à franchir ce soir pour que la farandole dure, dure, dure...jusqu'aux petits matins des mondes.

Ensuite Mimi poursuivra la belle aventure

Ce texte fait partie d'une initiative originale que vous pouvez rejoindre vous aussi : il s'agit de la farandole des solitudes, lancée par Traces :  http://tracesecrites.free.fr/blog/index.php?2008/06/21/360-farandoles-de-solitudes,

Voici ma pierre à cet édifice :

 

FLEUR DE SOLITUDE

 
Pour me défendre des cruautés du monde

J’ai cultivé le plus grand des cactus

Hérissant ses orgueilleux aiguillons

Parmi mon jardin secret devenu désert

 

J’ai regardé sans voir

Le ciel un matin d’orage

Pareil au crépuscule sombre et froid

Quand les nuages frileux fuyaient

Sous des torrents glacés d’ondées

 

J’ai pris dans ma main sans vie

L’invisible main du manchot

Pour l’emmener au pays des ombres

Là où le ciel et la mer voulaient se rejoindre

Cet endroit qu'on n'effleure jamais

 

Dans mon jardin aujourd’hui désert

Les allées de cactus

Construisent une vierge forêt d’épines

 

Il ne reste ici qu’une fleur

Une fleur de solitude

Elle se nourrit de la poussière

S’abreuve au feu de la sécheresse

Et s’éteint sous le soleil mort. 

21:09 Écrit par Saravati | Commentaires (5) | Lien permanent