21/07/2008

Les envahisseurs

La guide vient de finir son speech. Le groupe se disperse à l’intérieur du musée pour revoir les œuvres qui l’ont touché.

Maria Chiara a pour l’instant plus faim de nourriture matérielle que culturelle. Elle propose à J. de s’éclipser discrètement pour aller manger une glace sur la Grand-Place. Les deux ont déjà eu quelque expérience de « perte de groupe » : ici ce n’est pas grave, les terrasses de la place ont vue directe sur la grand porte du Musée. Alors pourquoi prévenir le groupe plutôt lent à réagir quand sonne l’heure du rassemblement ? Vite on sort. Traversée de la place, choix d’une terrasse sous un ciel légèrement voilé.

Au milieu d’une foule déjà installée, une table semble les attendre. A la table voisine, un jeune homme esseulé, lunettes de soleil aux verres dégradés, semble attendre quelqu’un. Il les regarde s’asseoir.

Au bout de quelques minutes, quelques scrupules se pointent à l’horizon chez les deux femmes. On ferait mieux de prévenir les autres pour qu’ils nous rejoignent ». Coup de fil. Grands signes de la main pour l’interlocuteur au téléphone. Les autres arrivent au compte-gouttes. A la table des femmes, restent deux chaises, vite occupées par les premiers arrivants. On grappille quelques chaises autour de soi, on occupe l’espace libéré autour de la table. Mais où mettre tout ce petit monde : tout autour de la table : mathématiquement impossible : c’est bon pour 1, 2 , 4 personnes mais le compteur affiche maintenant 10 arrivées supplémentaires. Alors reste la solution d’envahir l’espace du jeune homme. Il accepte 1, 2, 3, et plus... personnes : il n’a pas vraiment le choix, il devient partie intégrante du groupe.

La situation frise le comique. Maria Chiara attrape un fou rire irrépressible, y entraîne ses voisins. Elle imagine une scène d’un gag de la caméra invisible ou de vidéo-gag avec tout ce beau monde comme acteurs et le jeune homme comme victime. Lui reste sérieux, sans doute un peu gêné. Son verre est vide, il ne manifeste pas l’intention de partir, après tout il est le premier arrivé. Il fait semblant de rien, tourne la tête à gauche, à droite, ses lèvres ébauchent un semblant de sourire mais impossible à vérifier car le regard est invisible derrières les verres dégradés. Il est complètement envahi. On lui propose un verre. Il accepte de suite. Il doit se demander qui est cette bande de joyeux drilles qui rient à gorges déployées alors qu’ils ont passé l’âge des plaisanteries d’adolescents.

L’homme aux lunettes noires, son nouveau verre à la main, le prix banal de la concession, attend le dénouement, placide : l’arrivée en fanfare des cameramen et le moment de la vérité. Il ne se passe rien, pourtant. La conversation à bâtons rompus se poursuit. Il continue de se taire. Il boit sa limonade (patient et en plus sobre !). On l’oublie. On se parle par mini groupes (les distances sont trop éloignées), de tout, de rien, des vacances, des enfants, du travail…
Tiens, l’observateur discret a disparu sans crier gare. Sans même saluer. Jusqu’à la fin, il aura joué son rôle d’acteur impassible dans une « Histoire sans paroles ».


(Cette émission des années '70 présentait des films burlesques de l'époque du cinéma muet)

11:20 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

Commentaires

attendait-il quelqu'un? la belle lui ayant bel et bien fait faux bond, le gars préfère se défiler en douce pour échapper enfin au ridicule:-)!
elle est bien ta petite histoire parce qu'elle permet d'imaginer: c'est un texte trés ouvert en somme où tout est possible.
bone journée! y aura-t-il des feux d'artifice ce soir ainsi que des bals?

Écrit par : mimi | 21/07/2008

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bonjour, je ne sais pas ce que j'aurai fait moi à la place de ce pauvre gars, il faut dire que je suis assez timide, lol
bises

Écrit par : sylvie | 21/07/2008

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