17/07/2008

Perspective de fête suivie de défaite

Une défaite est un tournant ou la prolongation d’une dérive déjà commencée
Faire de chaque défaite un tremplin pour de futures victoires sur soi même, sur l’adversité, ce qu’on nomme avec circonspection, le destin.

On a beau ne plus avoir 20 ans, on garde encore des illusions, ce coup de fil pour me proposer un emploi en était une matérialisation : « J’ai reçu vos coordonnées par l’inspecteur D., c’est pour un remplacement avec possibilité ultérieure… »
J’ai sauté sur l’occasion rêvée, accepté le rendez-vous, annulé mes congés et fait postposer ceux de mon conjoint.
Bien sûr ce n’était qu’un tout petit contrat mais un premier pas dans la profession. Chouette,  ils ont reconnu mon expérience professionnelle, dans un autre domaine, certes.

Une semaine à attendre le rendez-vous fixé, deux dames (la préposée au poste à remplacer et l’échevine de la culture) me reçoivent, me demandent mon CV, me posent quelques questions secondaires : parcours professionnel, disponibilités, motivation (existent-ils des centaines de motivations différentes pour un emploi déterminé !). Je suis parfaitement à l’aise jusqu’au moment où l’une d’elles me dit : Voilà, vous êtes la dernière personne que nous avons rencontrée, vous aurez des nouvelles la semaine prochaine.
Je réponds, pantoise (eh oui la douche froide sur mes belles illusions d’avoir été l’élue !) : ah et combien de candidats avez-vous ? Quatre. Sont-ils diplômés ? Non, pas encore (comme moi, une année encore avant de l’être).

Dégringolade dans ma tête : je suis une fois de plus la doyenne, pas vraiment au commencement de ma carrière.
Chance infime : on aime mieux la chair fraîche : mes examinatrices ont  la trentaine.
Si elles misent sur la solidarité des tranches d’âge , je vais une fois de plus être reléguée au placard.  Et puis, j’ai travaillé autrefois dans le domaine social (toutefois politisé), milieu culturel dont les tendances s’affichent d’elles-mêmes bien que j’ai toujours gardé une liberté de pensée et un esprit critique.
Quelle est la tendance politique de la commune ? Intérêts communaux : cela ne veut vraiment rien dire, les intérêts prennent la couleur et les fluctuances de leurs investigateurs, et je ne fais pas partie de leur entité géographique. Mon passé professionnel va-t-il jouer ? Mon âge ? Ma personnalité affirmée ?

Pendant ces quelques jours d’attente, j’ai cogité sur la dure réalité de ma situation pour sentir s’effilocher les quelques pelotes d’espoir que j’avais entre temps échafaudées.

Lundi soir, le Grand Conseil doit décider. Mardi rien, mercredi rien. Mon conjoint s’impatiente : que vont devenir les congés reportés peut-être pour rien ? Je téléphone : on ne sait rien, il faut appeler un responsable de la commune  qui me dit les mots tant redoutés : « Désolé, vous n’avez pas été choisie ! » Même pas : ce sera pour une autrefois, les occasions sont tellement rares.  Pourquoi, nul ne le sait, peut-être pas lui-même ! Il faudra que je creuse : pourquoi m’a-t-on fait miroiter un emploi alors qu’il s’agissait d’un simple appel aux candidatures : obligation administrative ? Décision de dernière minute et crainte de n’avoir personne de libre pour postuler en période de vacances ? Alors faire comme si vous étiez l’élue, la seule, sans doute utiliser la même stratégie de présentation (vague et tentante)  afin d’avoir quelques candidats, qui sait candidats-alibis : tout a été fait dans les règles de la pseudo-démocratie, même si pour cela il faut occulter quelques pans de la réalité. Détail pour celui qui décide, pas pour celui qui espère !

Eh oui, je suis jeune dans ma tête pour me faire encore avoir face à de telles manigances.
ça m’apprendra : il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, dans ce cas, c’est moi l’ourse (et pas la grande dans le ciel) et si je ne suis pas encore tuée, ce coup-ci m’a fortement assommée.

Au moins, ça m’aura permis de noyer mon chagrin, non dans l’alcool, je vous rassure, mais dans l’écriture : toute défaite se doit d’être un tremplin pour une victoire : transformer une colère somme toute légitime en exutoire et repartir dans une autre direction. Si cette histoire banale éveille en vous un peu d’intérêt, ce sera mon lot de consolation !

18:30 Écrit par Saravati | Commentaires (3) | Lien permanent

Commentaires

Même expérience Je partage avec vous la même expérience. Ayant été admissible au très difficile concours de l'agrégation de Lettres modernes (qui est bien loin d'être juste malgré l'élitisme et la pertinence dont il se targue), je me suis fait lamentablement recaler à quelques points près sur la fameuse épreuve d'explication de textes par un jury impitoyable qui a écrit mon échec dès les 5 premières secondes, à mon entrée en salle. Démocratie des concours? Egalité des chances?
C'est à voir! Notre société ne se soucie guère des qualités personnelles de chacun!
En tout cas, très déçue -mais pas vaincue car je tente à nouveau l'année prochaine, avec beaucoup de distance, voire de dérision- je me suis consolée en ouvrant ce blog d'écriture. Et je redécouvre l'immense plaisir de lire, d'écrire, de créer en distillant de la joie, de la liberté pour les autres et pour soi. Je retrouve ainsi ma vraie direction.. C'est pourquoi je me retrouve dans votre témoignage Un échec n'est donc jamais un échec, mais une expérience... Je vous souhaite beaucoup de bonheur pour la suite, beaucoup de chance dans la faculté de faire ce que vous aimez!

Écrit par : MULLER Géraldine | 17/07/2008

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oui! je ne sais pas en Belgique mais en France c'est une pratique courante. on te fait miroiter un poste et quand tu te pointes pour l'entretien tu te rends compte que d'autres personnes ont les mêmes aspirations que toi et hélas! c'est souvent des coups d'épée dans l'eau et là je trouve que c'est honteux: on devrair prévenir les candidat(e)s que plusieurs candidatures sont intéressantes. çà aurait un double impact car la personne va tout faire (mais c'est déjà le cas n'est ce pas?) pour être le plus performante possible pour coller au mieux au poste proposé et le 2ème avantage serait qu'il y aurait une 1° sélection puisque les personnes qui ne sont pas vraiment conformes à la demande ne se présenteraient même pas. un gain de temps pour tous.
mais va donc expliquer çà à un DRH qui ne regarde que son emploi du temps, l'intêrét de sa boite et que sais-je encore comme critères de choix!
je te souhaite une bonne nuit et dis-toi que tout vient un jour, la chance tourne, les revers s'effaçent et voilà qu'au moment où l'on s'y attend le moins paf! c'est là, c'est pour soi!

Écrit par : mimi | 18/07/2008

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Oui... ...votre histoire m'a touchée parce que j'ai vécu les mêmes expériences ! Moi aussi, je croyais avoir trouvé un emploi, dans un cpas. Au début, j'étais la seule candidate. Le secrétaire trouvait que je convenais bien pour le poste, il fallait juste attendre la décision du conseil. Et là, un connard de politicien socialiste de m.... (pardon je m'emballe ! Il aurait pu être de n'importe quel parti d'ailleurs) a décrété qu'il fallait faire un appel à candidature et faire passer un examen soi-disant anonyme afin d'empêcher toute possibilité de pistonnage. Mon oeil, j'y ai croisé une connaissance qui s'est fait un plaisir de m'avouer qu'elle avait un appui politique. Cela faisait des mois que j'étais sur cet emploi... évidemment, je ne l'ai pas eu !
Je sais combien c'est difficile cette attente. Heureusement, j'ai fini par trouver il y a six ans, sans l'aide de personne, juste avec mes compétences. Je suis sûre que, comme pour moi, cela va vous "tomber dessus" sans que vous vous y attendiez ! Je vous le souhaite en tout cas.
In bocca lupo !

Écrit par : Gioconda | 19/07/2008

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