04/07/2008

Les tribulations d’une tomate

Dans toutes les catégories d’objets ou d’être vivants, il y a toujours un « vilain petit canard », celui qu’on met de côté parce que pas beau ou insignifiant, ou encore parce qu’on l’a oublié dans un coin obscur.

Je vais vous raconter l’histoire de la petite tomate rouge. Elle dormait parmi ses consœurs dans un carton de la ferme. Une cliente arrive, demande un kilo de tomates, non par choix personnel mais parce qu’il n’y a plus de salade : il faut bien un légume frais pour accompagner le repas du soir ! Première remarque : le choix de la tomate était un choix par défaut.

Au hasard de la main, la fermière emporte notre petite tomate vers de nouveaux horizons, en l’occurrence un sachet plastique transparent. Deuxième remarque : l’emballage n’est pas unique car notre cliente a également acheté des pommes, des poires (non, pas de scoubidous : c’est passé de mode) et des œufs. Elle a les mains encombrées.
« Chic, je vais faire un tour en voiture » pense la petite tomate ronde.
Troisième remarque : grosse déception : c’est une cliente écolo qui chevauche un vieux vélo anglais après avoir fourré les sachets dans les sacs accrochés au porte-bagages. Brrr, il fait noir là dedans et plutôt poussiéreux : sans doute un vélo qui dort dans un vieux réduit plein de toiles d’araignée !

"Tiens, tout le monde s’en va, plouf, je tombe du sachet mal fermé et je me retrouve seule dans le sac sombre. Mais je suis optimiste : on va venir me chercher : on verra bien que je ne suis pas là, j’étais la plus belle du lot.
C’est beau les illusions ! Personne n’arrive, j’entends les bruits de la rue, les cris des enfants en vacances, l’heure tourne, une porte s’ouvre, on rentre le vélo et on ferme la porte.
Au secours, on m’a oubliée, je vais passer une nuit d’épouvante, j’ai horreur de la solitude."

Quelques instants plus tard qui apparaissent comme une éternité, la porte s’ouvre à nouveau, une main entrouvre le sac, me découvre : tiens une tomate que maman a oubliée, je vais faire une promenade à vélo, je ne vais pas l’emporter, zut, j’ai fermé la porte à clé, laissons la sur l’appui de fenêtre dans le jardin.

Les heures passent, le soir tombe, la tomate reste seule.
J’ai bien entendu de nouveau une porte et une voix de jeune fille «  Je ne la trouve pas, elle a disparu, elle était sur le bord de la fenêtre, tu crois, maman que les oiseaux l’ont emportée pour la manger ? »

On n’y voit rien, elle prend son Gsm pour éclairer l’endroit où devrait se trouver la malheureuse. Peut-être qu’elle est tombée.  Sur le sol, les mauvaises herbes font un tapis confortable, mais on n’y voit rien « Elle est peut être partie dans la quatrième dimension. »

La tomate abandonnée ne pouvant réagir verbalement — eh oui, les tomates n’ont pas encore acquis les techniques du langage humain — elle a passé une nuit d’horreur.

Au matin, la jeune fille (fidèle et attentive à la destinée de la tomate) est revenue et l’a retrouvée au milieu des herbes, pleine de rosée et poussiéreuse mais vivante.

Il faut espérer que la tomate recevra, au moment de préparer le repas, un traitement de faveur, la pauvre !

10:24 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (2) | Lien permanent

Commentaires

Garde le cap Tes textes me surprennent chaque fois un peu plus.
Sensibilité, humour, précision dans les descriptions, variété des sujets, attachement au réel mais sans parti pris, empathie pour les faits et les personnes, vision positive...
Tes textes ressemblent à des chroniques mais sont beaucoup plus que cela.
Des éclats de vie que tu recueilles précieusement.
Garde le cap.

Écrit par : Hermes007 | 04/07/2008

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aujourdhui, je m'attendais à trouver des photos sur ton blog....mais je ne suis pas deçue de ton histoire, j'adore !
bises

Écrit par : sylvie | 05/07/2008

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