30/06/2008

Un intérêt réciproque

Qui a un jour décrété que les vaches étaient des animaux stupides ?
Est-ce leur allure molle et imperturbable, leur œil plus qu’évasif, leur ruminement flegmatique ou leur plumet chasseur de mouches qui les a reléguées au simple rang de pourvoyeuses amorphes d’hectolitres de lait ?
Est-ce le machisme ambiant qui voit en elles une extension d’une maturité paissante ?

Oui, si les vaches produisent du lait, c’est à partir de leur première mise à bas et de traite en traite, on alimente leur fonction de vache à lait. En fin de journée, leurs pis lourds leur donnent des allures de grosses mémères, confortant leur image d’intelligence limitée.

Ce soir, en allant me promener sur les chemins de terre, j’ai rencontré quelques spécimens vaches, la plupart indifférents. Au milieu du troupeau apathique, l’un d’elles, finement vêtue d’une belle robe blanche et noire, s’est détachée, intriguée par ma présence. Un observateur extérieur aurait pu s’amuser de l’étrange chorégraphie muette que nous avons inventée ensemble. Derrière les fils barbelés, la vache s’approche de moi, j’avance vers elle, je tends la main, elle recule d’un mètre, je recule à mon tour, elle avance de nouveau, me regarde dans le blanc de l’œil, me jauge de son regard subitement devenu attentif…et rebelote.


vache 5

 

Ce manège a dû inquiéter la fermière voisine qui, sortie de sa maison, nous observe de loin. S’imagine-t-elle que je puisse avoir de mauvaises intentions ? Ça fait des années que je passe par cette route, c’est la première fois que je la rencontre (je me demandais même si c’était une ferme fantôme : aucun être vivant aux alentours) Est-elle inquiète du comportement de la vache ou plus vraisemblablement du mien ? « Elle est particulièrement sauvage, celle-là » , me dit-elle. Etrange : c’est la seule qui a réagi à ma présence en me saluant à sa manière discrète, la seule qui ne soit pas indifférente aux aller et venue des promeneurs. La sauvagerie de la vache ne serait-elle pas le fantasme de sa propriétaire  qui préfère sans doute que l’animal ne fraye pas avec des étrangers ? On ne sait jamais !

Devant le visage fermé de la femme, j’ai pourtant le dernier mot : « Elle n’a pas l’habitude de faire l’objet de tant d’admiration. » La fermière acquiesce d’un mouvement de tête, mais sans sourire. Cela clôt définitivement cet incident champêtre. Je m’éloigne sans saluer.

15:22 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent

Commentaires

j'adore! ton histoire est trés intéressante et puis les vaches moi, je trouve qu'elles sont jolies.
alors dorénavant je vais les regarder avec d'autres yeux et crois-moi çà ne va pas tarder parce que des vaches dans le coin il y en a je vis en montagne:-)
bone nuit et à bientôt!

Écrit par : mimi | 01/07/2008

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bonsoir, j'habite juste à côté d'une ferme...les vaches en ce moment sont au bout de mon jardin, il y a juste un ruisseau qui sépare
bonne soirée

Écrit par : sylvie | 01/07/2008

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*oo* La fermière n'est pas une broute-en-train ;-)
J'habite un petit village et j'ai peur des vaches ! Depuis qu'un trio s'est subitement agité et s'est mis au petit trot dans ma direction alors que je traversais leur prairie, quelle affaire ;-)
Belle fin de soirée !

Écrit par : Loo | 01/07/2008

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