26/05/2008

Le goût de Guth


J’aime découvrir des auteurs anciens pour déterminer s’ils ont survécu à l’épreuve du temps.
C’est ainsi qu’au hasard d’un passage butineur dans ma petite bibliothèque de village, je suis tombée sur un roman de 1975 – qui, par je ne sais quel miracle, avait survécu aux élagages - roman de Paul Guth (1910-1997) : Le chat beauté. Tout un programme qui commence avec un premier jeu de mots, un chat narquois aussi qui nous botte dans nos habitudes et notre mode de vie

Amour, tendresse, poésie, souffrance, cruauté, causticité sont au rendez-vous de concert à chaque page.
Critique de la société à travers un couple vieillissant qui s’attache à un chat qui devient en quelque sorte l’objet de tous leurs désirs : source d’inspiration pour l’écrivain en recherche d’écriture, enfant-roi pour la femme qui n’a pas eu d’enfant, adolescent fugueur qu’on essaie de cantonner, amant châtré auquel s’apparente l’auteur qui doit se rendre complice de sa femme « tortionnaire ».

Ce chat intello devient l’âme de la famille, se nourrit de la culture des maîtres, parle leurs langues, partage leur analyse de la société.

On assiste à des scènes savoureuses telles que le  tête-à-tête pseudo guerrier entre le chat Beauté, chat des villes, élancé, gracieux et aristocratique et le vrai chat de campagne, de gouttière, costaud et méprisant, sous l’œil effaré des maîtres impuissants. Scènes tout aussi délirantes du maître qui subit des tests d’allergie en craignant  pour le devenir de la famille s’il s’avérait être allergique aux poils de chats !

Oui, ce chat Beauté est d’une richesse insoupçonnée.

Beaucoup d’érudition dans ce livre, beaucoup d’originalité dans l’approche du couple vieilli et de l’amour fusionnel pour leur animal sacré, leur enfant, leur dieu, leur muse. L’histoire d’une vie d’intellectuels, banale et insolite à la fois avec une ironie suprême : l’auteur se critique lui-même en se créant un voisin arrogant qu’il déteste et qui porte son nom.

La plume acerbe de Paul Guth ne cesse de se déployer, pratiquant à qui mieux mieux l’ironie et l’autodérision. elle tombe tranchante comme un couperet sur ses propres manies et celles de ses contemporains.

Essayiste, auteur pour enfants, historien, philosophe : tous les genres lui permettent de développer ses multiples talents.

Parmi ses romans, si le chat Beauté fait cavalier seul, les aventures de Jeanne la Mince et la kyrielle des Naïfs  devraient, j'imagine, être de la même veine créatrice, écrits avec une telle élégance, un tel humour que la littérature pourrait en produire des tonnes du même gabarit, sans jamais nous lasser.

Même si cela apparaît ringard, j’ai décidément pris goût à Guth !...

00:19 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (1) | Lien permanent

19/05/2008

Des histoires pas comme les autres...

Je voudrais vous faire découvrir un livre qui n’est pas de moi mais dont j’aime beaucoup la force évocatrice.
Il s’agit d’un recueil d’histoires brèves « La planète verte » écrit par Arcangelo Petranto’ et publié par « Les déjeuners sur l’herbe », Herseaux, Belgique.

Je reprends ici (avec l’autorisation de l’auteur) quelques extraits de l’une d’entre elles intitulée « Mes idées ».

J’ai décidé dorénavant de ranger mes idées dans des tiroirs. Pour d’évidentes raisons d’efficacité, de commodité et de sécurité.
(…) Rien de plus agaçant, en effet, lorsque l’on cherche une idée de devoir commencer à fouiller dans un capharnaüm mental.
(…) Les idées sont, par nature, chaotiques et doivent par conséquent, à mon sens, faire l’objet d’un principe d’ordre.
(…) Dans un tiroir, les idées peuvent dormir, grandir, éclore (et puis il suffit de les cueillir au moment adéquat).
(…) Pour les meilleures idées, des tiroirs faciles, confortables, accessibles. Pour les idées récalcitrantes, des tiroirs de seconde main, des tiroirs périphériques, d’accès problématique. Quant aux idées perverses, je prévois des tiroirs-cachots, voire de tiroirs-oubliettes. Et pour les idées suicidaires, des tiroirs au long cours pour leur permettre de guérir.
(…) Grâce à mon grand projet, je vais pouvoir enfin me débarrasser d’un poids encombrant, de mon invisible sac à dos cérébral. N’ayant plus d’idées sur moi, je deviendrai plus léger, plus serein. Vide en un mot. Je ne craindrai plus rien ni personne.


Ce texte savoureux n’est qu’un petit exemple du contenu de ce recueil étonnant où se mêlent le fantastique, l’humour, l’ironie, la science-fiction, l’histoire vraie ou imaginaire, l’absurde…
Un super-concentré des grandes interrogations de la société : avancées technologiques, guerres, pollution, choc des civilisations…et bien d’autres sujets traités d’une manière visionnaire et incisive.

Je pourrais comparer cet extrait de « Mes idées » au poème « Le savon » de Francis Ponge par son côté faussement matérialiste.
Ici l’auteur parle de son contact avec les choses que l’on nomme idées, des idées qui peuvent revêtir des formes bien différentes qu’il faudra traiter à la carte.

Un regard aigu mais aussi empreint de poésie, une poésie qui s’exprime aussi dans le rythme de l’écriture , une  poésie qui réside dans les choses elles-mêmes (ici les idées), si insignifiantes puissent-elles paraître.
L’homme qui essaie de pénétrer dans le monde des pensées se donne l’impression de les diriger, de les classer, d’être maître de la situation. En fait il n’en est rien : débarrassé de son sac à dos cérébral, il n’est rien, il est vide…cela peut signifier aussi prêt à s’enrichir de nouvelles expériences !

14:34 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (2) | Lien permanent

16/05/2008

L'absence

C’est dans l’ombre du vent
que j’ai pris ton visage
entre mes doigts tremblants
au milieu de l’orage

Mais il ne restait rien
dans la couleur du ciel
qui rappelait ton nom
toi mon amour rebelle

Ta présence illusoire
ne fait plus illusion
Il reste un désespoir
qui n’a même plus ton nom

J’ai beau crier ton nom
mais rien ne me répond
même l’écho s’endort
au creux de ta maison

L’onde de la rivière
ne reflète plus tes yeux
Le sillon de la terre
n’imprime plus tes pas
Des cris d’enfants m’arrivent
à travers le silence
Quand tout s’arrête pour toi
ailleurs tout recommence

Il faut pourtant porter
tel un fardeau immense
le poids tellement chagrin
d’une solitude intense
Combien de temps prendra
à mon corps fatigué
pour retrouver enfin
un rythme raisonné

Même si mes amis pleurent
moi je ne les vois pas
La vie n’est plus qu’un leurre
et le monde un grabat
où je voudrais dormir
avant que l’horizon
m’appelle à te rejoindre
dans une autre saison

C’est dans l’ombre du vent
que ton visage a fui
entre mes doigts tremblants
au milieu de la nuit

Mais il ne reste rien
dans la noirceur du ciel
Ton nom s’est bien éteint
Ta dernière étincelle




J'ai créé ce texte en le chantonnant. J’ai toujours rêvé d’écrire des chansons, de donner un rythme à des phrases, un habillage musical à des paroles.
A vous d'imaginer "votre" mélodie!  

10:41 Écrit par Saravati | Commentaires (3) | Lien permanent

12/05/2008

Caprice d’ordi

Une fois de plus, l’ordinateur s’est planté.
Pas de réaction,
Ecran noir.
Semblant d’allumage,
Ecran noir.
Ni son, ni image.

Il va falloir attendre le maître incontesté
De la machine.
Lui seul sait dialoguer avec le clavier,
Tenter de raisonner la tour,
L’approcher à pas feutrés.

La machine veut se faire désirer.
Boudeuse, elle a décidé la grève :
Tant de mains indésirables
La caressent dans n’importe quel sens
Elle obtempère un temps
Puis s’arrête. Obstinément

Elle attend son maître
Elle revendique un traitement spécial
Lui seul aura le feeling
De contourner son caprice
Essayant de l’amadouer
Par des procédés détournés

Mode sans échec
Le sésame ouvre-toi ?
Oui mais alors rien que pour toi
Grand prêtre de l’informatique

Dis à tes serviteurs
De se tenir tranquilles
De m’utiliser avec discernement
De respecter mes rythmes cybernétiques

Alors, peut-être pour toi         
J’ouvrirai grand mes pixels      
A condition, bien sûr
Qu’à mon écran tu sois fidèle
Si tu m’obéis
Je te garderai précieusement
A mon chevet toute une nuit

N’est-ce pas pour toi, internaute amateur  
La perspective d’un vrai bonheur ?

22:36 Écrit par Saravati | Commentaires (1) | Lien permanent

07/05/2008

Multifaces des sens

Le poète, dans un grand souffle d’inspiration spatiale a dit : « Les sens sont des jouets merveilleux ». Bien sûr,  il l’a dit dans un cadre littéraire précis, dans un moment de parfaite connivence avec la nature et le corps.

Moi, je ne suis pas poète, je suis plutôt terre à terre ;  je manipule parfois malhonnêtement les concepts, les isole de leur véritable contexte. 

A ce poète qui exalte la beauté des sens, je réponds aujourd’hui :

Les sens, que vous appellez ces jouets merveilleux, peuvent aussi nous jouer bien des tours :

hallucinations, peurs irraisonnées, voix des schizophrènes, odeurs insupportables, hypocondrie…

Pour garder la tête froide face à des manifestations qui nous dépassent, il faut savoir décoder les signes, prendre de la distance par rapport à son environnement immédiat.

Oui ces sens si précieux subissent parfois des erreurs de programmation, peuvent nous emmener dans un monde à la limite de la folie

La folie elle-même a de multiples visages, la créativité aussi ; toutes deux défient les règles élémentaires de la banale perception.

Les limites entre ces mondes sont ténues. L’important est de se sentir bien dans sa peau avec ou sans étoile. Mais l’important aussi est de s’intégrer dans une société qui bien souvent ne comprend pas ce qu’elle considère comme des déviances.

Si quelqu’un a la chance de vivre sous une bonne étoile et d’être reconnu par ses pairs, comme le poète qui peut  percevoir la beauté et l’essence des choses, sa créativité sera encensée.

Mais à côté de cela, combien d’âmes tourmentées restent-t-elles dans un brouillard solitaire, sans même imaginer pouvoir partager un segment de lumière avec quiconque ?

13:13 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (1) | Lien permanent

05/05/2008

Rencontre fortuite avec un livre japonais

Dans un groupe d’étudiants quel que soit leur âge, il existe toujours le prototype du « petit érudit » celui qui semble avoir une connaissance parfaite du moindre détail du moindre sujet.
Souvent intéressant, parfois écrasant (dans son inclination naturelle à nous faire paraître ignares face à sa culture infinie).
T. fait partie de ces érudits mais sans orgueil sans apprêt, naturellement curieux et doué.
Il s’imagine que les personnes qui ont une passion la cultivent comme lui entretient les siennes.

T. sait que je m’intéresse à la littérature japonaise, du moins à certains auteurs et que j’ai fait un travail dans ce sens (bien modeste il est vrai : la littérature japonaise fourmille de mille talents et je n’en connais que quelques aspects). T. m’informe qu’il a découvert une superbe édition d’un livre en japonais dans une bouquinerie et se propose de l’acheter pour moi.

Je n’ai jamais eu de livre écrit en japonais. Seulement une bible en chinois magnifiquement illustrée offerte par mon oncle missionnaire.

Cette bible me faisait rêver, je revois l’image du démon tentateur aux yeux bridés, à l’encre de Chine et délicatement colorée et je me rappelle cette manière de « lire » le texte en commençant par la fin (mes connaissances religieuses m’aidaient bien à reconstituer l’histoire à travers les dessins).

Lorsque notre vielle bâtisse fut démolie et remplacée par une nouvelle construction, cette bible disparut, du moins à mes yeux (j’étais enfant à l’époque et certains détails m’échappaient).

Cette bible m’avait tellement impressionnée que lorsque je me suis rendue, un jour, à New York (voilà déjà assez longtemps), je  n’avais eu de cesse de passer par Chinatown pour y acheter des estampes chinoises de style « sie-ie » , reconnues pour leur finesse, leur  virtuosité dans l’usage du pinceau, et  leur représentation à la fois poétique et précise de la nature.

Je ne devais pas être dans mon jour de chance : je n’avais pas choisi le bon quartier, ni le bon moment : au lieu d’antiquaires, de bouquinistes, de libraires, je n’ai rencontré que des étals de poisson séché ! Faute de temps, je n’avais pas pu poursuivre mes investigations.

En parlant avec T., j’apprends que la langue japonaise comporte des caractères chinois (Hanzi que l’on appelle en japonais Kanji).
 
Me voilà donc prise au piège : si je suis conséquente avec moi-même, comment refuser d’acheter ce livre « rare » ? Du moins chez nous. T. me l’a donc gentiment ramené au cours suivant. Nous le feuilletons, il me montre la différence entre les caractères chinois plus élaborés et les caractères japonais plus simples.

C’est vrai que le livre est beau avec une photo noir et blanc d’une belle asiatique assise sur un muret dans la campagne ambiante, l’air romantique et serein : l’auteur, j’imagine. Dont je ne connais même pas le nom : à part le numéro ISBN et la pagination, tout est en japonais.


Je suis pourtant intriguée, j’observe les caractères, arrive à distinguer le chinois du japonais, tel que T. me l’a indiqué  et finis par découvrir dans les dernières pages (qui chez nous seraient les premières) cette retranscription : ©HIROMI KAWAKAMI 1996. Printed in Japan.

Qui est Hiromi Kawakami ? Je découvre alors une écrivaine née en 1958 à Tôkyô, diplômée de biologie et qui a reçu le prix Akutagawa, en 1996 pour Marcher sur un serpent et le prix Tanizaki en 2001 pour Les Années douces.


Je consulte la couverture de mon livre : aucun doute possible : les caractères japonais sont bien identiques川上弘美, il s’agit bien de HIROMI Kawakami ; le livre que j’ai en mains a été édité en 1996 : s’agit-il de Marcher sur un serpent ? Effectivement :
Hebi wo fumu 蛇を踏む - Marcher sur un serpent), 1996.

Quel merveilleux instrument qu’internet qui permet en quelques clics d’élargir ses horizons et de retrouver le titre d’un livre dont on ne connaît pas la langue rien qu’en comparant les caractères !

Il paraît qu’Hiromi Kawakami est l'un des écrivains les plus populaires au Japon et qu’elle a aussi du succès en Occident . Malheureusement pour moi, Hebi wo fumu 蛇を踏む - Marcher sur un serpent n’est pas publié en français. En attendant je vais devoir me contenter d’une autre de ses œuvres.
Peut-être qu’avec Cette lumière qui vient de la mer 光って見えるもの、あれは, 2003), me fera-t-elle ressentir Les Années douces センセイの鞄, 2001), à moins que je déniche  Abandons 溺レる, 1999), dans La brocante Nakano 古道具中野商店, 2005) .

Je retrouve aussi un éditeur que j’avais mentionné dans mon travail les éditions Philippe Picquier, spécialisé entre autres dans la littérature asiatique.

Me voilà donc embarquée, au départ d’une simple conversation soutenue par un petit coup de pouce d’un collègue, dans la perspective d’une nouvelle aventure littéraire nipponne.
Je vous tiendrai au courant de ses futurs développements

14:47 Écrit par Saravati dans Immersion japonaise | Commentaires (2) | Lien permanent

02/05/2008

Les mots fous

Les mots fous se rient de la rigueur des idées

15:00 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (0) | Lien permanent