04/04/2008

Peuplier blanc et bouleaux : même combat

Chaque vie est virtuellement liée à la naissance d’un arbre que ce soit une naissance fortuite ou programmée.
Cette approche est sans doute liée à la coutume chez certains peuples de planter un arbre à la naissance d’un enfant.Par exemple, chez les Celtes , planter un arbre « permettait à l'imagination de l'enfant de vivre à la fois sur terre et dans les airs avec le vent. »
Les arbres symbolisent la force de la vie, ses origines : les racines, l’attachement à la terre ; et son développement : la ramification à l’infini de ses branches, la production de ses fruits, la beauté de ses fleurs…

Ma première fille ne connut jamais son arbre. Née dans une région de carrières où la poussière recouvrait tout d’une pellicule grasse et grise, elle n’a pas eu beaucoup l’occasion de jouer dans le jardin. Si elle mettait les mains dans l’herbe, elle les retrouvait souillées et j’hésitais à la laisser trotter dehors de peur qu’elle avale par inadvertance un soupçon de suie.

Quand nous déménagâmes dans une petite maison lumineuse et vers une campagne proprette, le petit jardin était agrémenté d’un minuscule peuplier blanc, juste à l’extrémité de la toute petite propriété. A la naissance de ma deuxième fille, sa grand-mère nous a offert un néflier. Arbre originaire d’Asie mineure, plus habitué à d’autres climats, méconnaissance des règles élémentaires de sauvegarde de l’espèce :  ce néflier resta vert pendant tout l’hiver et perdit définitivement ses feuilles et sa sève au printemps suivant.

Le peuplier, lui, continuait de croître. Durant l’été suivant, il nous abritait des rayons du soleil grâce à des branches encore chétives mais qui dépassaient déjà les deux mètres. Comme les enfants, il a grandi ; plus vite qu’eux, il est devenu adulte. Il prenait des proportions démesurées dans notre petit territoire et vu sa proximité de la maison, ses racines devaient peu à peu se frayer un passage parmi les fondations. Quand nous suggérâmes de l’abattre, des vétos enfantins fusèrent : « c’est notre arbre, il est beau, nous pouvons y jouer, c’est l’arbre le plus haut de la cité, il permet de distinguer de loin notre maison des autres… »
Les voix de la sagesse et de la sécurité sont parfois évincées par celles des sentiments et de l’amour de la nature. Nous gardâmes le peuplier blanc. Moi-même, j’avais eu des arbres comme compagnons et décor de jeux dans un espace immence, je pouvais bien accorder cette compensation à mes enfants qui vivaient sur deux ares de terrain.

Quand il fut décidé de vendre la maison, les visiteurs commencèrent à défiler, mes filles se faisaient alors les avocates de l’arbre : « regardez comme il est grand, comme il est beau et quelle belle ombre il diffuse à la véranda. » Je ne pense pas que ce sont ces arguments qui décidèrent les acheteurs.

Quelques mois plus tard en passant dans la cité, nous constatâmes que l’arbre n’avait pas survécu à notre abandon. Pour mes filles, c’était une véritable trahison de la part des propriétaires d’avoir assassiné « leur » arbre.
C’est une manière de grandir de tourner la page et de se rendre compte de la non-immuabilité des choses.

Ici nous avons retrouvé l’espace et en quelque sorte l’appel de la forêt : des arbres, trop nombreux sans doute, abritent des dizaines d’oiseaux et servent aussi de terrains de chasse à notre armée de chats;  un sous-bois profond presque impénétrable tapisse le fond du jardin.  

Comme les anciens propriétaires, nous avions gardé le squelette d’un sapin pétrifié qui servait de perchoir uniquement accessible aux oiseaux. Malheureusement l’année dernière il a fallu l’abattre car les récentes tempêtes lui avait donné des allures de tours de Pise penchant dangeureusement vers la façade toute proche.

Les bouleaux aussi sont dans le collimateur pour le maintien de la sécurité de la maison : leurs chatons minuscules s’agglutinent dans les gouttières pour former des gros bouchons compacts, empêchant l’eau de s’évacuer. Elle trouve alors d’autres moyens de s’infiltrer à travers les plafonds et les murs, elle ne s’en prive pas, semant le désastre dans les chambres. Il faut constamment nettoyer les gouttières peu accessibles (la maison est très haute) élaguer les arbres…mais cela ne semble pas suffisant pour neutraliser le bouleau le plus proche.

Nous envisageons sérieusement de l’abattre. Cela promet de nouveaux débats houleux avec les enfants qui entre-temps ont grandi mais aiment toujours les arbres. De qui donc ont-ils hérité cette âme écologique ?

10:52 Écrit par Saravati dans Tranches de famille | Commentaires (2) | Lien permanent

Commentaires

Ah! les arbres, la forêt... C'est pour moi un véritable plaisir de déambuler dans la forêt où je me surpends parfois de parler aux arbres... de les remercier de m'accepter dans leur domaine... il y a un "je ne sais quoi" de magique dans une forêt...
Pour mes arachnides, je ne suis pas du tout un scientifique... seulement pris d'une passion, depuis 2006, pour les photos (macros) d'araignées et le désir de déterminer toutes celles trouvées dans mon jardin... avec toutefois l'aide d'un arachnologue belge, pour rectifier le tir quand je m'egarais !!
Voilà...
Merci pour ton joli texte sur les arbres...
Richard

Écrit par : richardunord | 05/04/2008

Répondre à ce commentaire

Il y a un proverbe arabe qui dit "Ne coupe pas l'arbre qui te donne de l'ombre", mais parfois on a pas d'autre choix quand c'est une question de sécurité...

Écrit par : electricman | 25/09/2014

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.