15/03/2008

Lire et écrire : passions surannées ?

Si petite que j’étais, j’ai toujours aimé les livres avec le corollaire : j’ai toujours aimé écrire.
Nous n’avions pas la télévision (c’était moins courant à l’époque et ce n’était pas comme aujourd’hui, un choix écologique ou d’opinion).

Nos loisirs étaient de plein air : courses folles dans les champs, cache-cache dans les dépendances de la ferme voisine ou de l’ancien atelier de charron de mon grand-père, jeux de bille, promenades interminables à vélos… C’était un bonheur pour nous et nos cousins de vivre dehors, sans danger, sans menaces.

Les jours de pluie quand nous étions seuls, les livres étaient notre compagnie silencieuse. Très vite les jouets donnés pour les fêtes ou les anniversaires furent remplacés par des livres. Et puis, il y a avait la bibliothèque dominicale de la commune dont j’étais une fervente abonnée.

A l’époque, on accordait beaucoup d’importance au bien écrire dans les classes de primaire. Dès la troisième année, on commençait à faire des rédactions. Je m’étais découverte une plume facile, et avec l’aide de mon oncle qui corrigeait quelques petites erreurs, je peaufinais de jolis petits textes. Je peux me permettre de le dire car l’institutrice me demandait de les recopier dans son cahier de modèles. Je l’ai rencontrée dernièrement, elle m’a rappelé ce souvenir et m’a dit qu’elle a toujours gardé ce cahier. Quelle fierté de faire partie des archives de quelqu’un, d’avoir été une célébrité à (très) petite échelle ! (mes textes furent lus devant plusieurs générations d’élèves, m’a-t-elle certifié).

A l’école secondaire, c’était la grande époque des dissertations et j’avoue que j’ai été le chouchou de quelques profs de français car j’aimais beaucoup la littérature et je dévorais les livres et même les journaux.

Je n’ai rien perdu de cette boulimie, bien sûr, le temps m’a manqué souvent. Heureusement les nuits d’insomnie sont longues. Et aucun instant n’est perdu s’il est passé en compagnie d’un livre. Je peux attendre des heures dans une file, qu’importe si j’ai quelque chose de passionnant à lire !

J’avais perdu l’habitude d’écrire, hormis des lettres de réclamation, des courriers juridiques ou quelques pensées personnelles les jours de cafard.

Internet est arrivé chez nous quand ma fille est partie vivre aux Etats-Unis. Nous avons correspondu par email pendant des mois. Au fur et à mesure je voyais son style se détériorer sous l’influence de l’américain et aussi par empressement. Je m’efforçais donc d’utiliser mes plus beaux mots pour communiquer avec elle afin qu’elle garde un contact avec sa langue maternelle.

C’est vrai que tous les moyens de communication moderne (chat, email, sms, images ) ont éraflé le goût du beau langage et vous qui me lisez à l’instant faites partie comme moi d’une espèce qu’on pourrait croire en voie de disparition. Quoique…

J’ai entretenu sur internet des conversations avec des amis au sujet de critiques de films et de livres. Pour (re)commencer à écrire, il faut s’accrocher à des éléments concrets de son environnement, c’est plus facile dans un premier temps. Ensuite vient (ou ne vient pas) la période de la créativité. J’espère être modestement arrivée dans cette deuxième phase.

J’ai découvert par l’intermédiaire d’un proche l’existence des blogs et la caverne d’Alibaba d’idées que les blogs peuvent receler. J’ai d’abord réagi à des textes qui m’interpellaient et j’ai repris goût à l’écriture fluide. C’était une sensation grisante retrouvée, puisée au fond de ma mémoire d’enfant studieuse.

Je me suis convaincue que moi aussi j’avais quelque chose à dire : j’ai observé mon entourage et j’ai exprimé ce que je ressentais : c’était agréable, libérateur.

Aujourd’hui, ce besoin d’écrire est sous jacent, il revient dans des moments où je ne m’y attends pas et je me laisse voluptueusement entraîner par lui. Cela durera tant que j’en éprouverais le besoin personnel. Même si d’aucuns disent que la littérature « n’est qu’un leurre, que ce n’est pas  la vraie vie ». (blog Hermes007)

A l’instar des médecines parallèles tant décriées par leurs opposants : qu’importe l’efficacité scientifique ou la prise sur la réalité objective, du moment que cela nous fait du bien que ce soit mentalement ou physiquement.

Aujourd’hui, à cet instant précis, dans ce lieu déterminé, l’écriture m’aide à vivre, à filtrer la lumière à travers l’opacité de la vie. Cette ambition me convient et me suffit.

20:20 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (5) | Lien permanent

Commentaires

Curieuse sensation en lisant ce post : il y a tant de choses que je ressens aussi de cette manière. Le hasard où une question de génération ?

Écrit par : Nadette | 22/03/2008

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J'aime te lire Saravati et je ne suis pas la seule. Cela doit te suffire, en complément de tes beaux souvenirs d'enfance, à cultiver ton don. Pour ton plaisir et le nôtre !
Merci pour ta participation poétique "au fil" !
Je t'embrasse !

Écrit par : fifi | 23/07/2013

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Merci infiniment Fifi, je t'ai répondu chez toi !

Écrit par : saravati | 25/07/2013

Bonsoir. Savoureux ! Une errance dans le passé : je me souviens des livres pour (presque) seuls compagnons, et de ce lien indéfectible entre eux et moi. Un retour en arrière ? Non, mieux que ça : une délicieuse balade au temps béni de mon (notre ?) enfance ...

Écrit par : unsoirbleu | 25/07/2013

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Les petits cailloux semés dans la jeunesse ne se perdent jamais. Merci pour ce partage !

Écrit par : saravati | 28/07/2013

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