Pourquoi attendre, attendre encore ? Attendre que mes parcelles d’existence rencontrent tes particules de vie ?
Ça fait des années que j’attends Que je tergiverse, que je glande !
Chaque instant qui passe se perd à jamais Chaque occasion unique se noie dans le fossé des occasions ratées.
Attendre un geste de toi Et s’il ne vient pas Attendre encore ?
Eloge de la passivité, relent d’une éducation standardisée Eloge de l’humilité, du « je me confonds avec la brume si le soleil n’apparaît pas »
Prendre le téléphone, composer ton numéro Ne plus attendre pour t’entendre
Sentir ton étonnement, voire un indice, même infime de contrariété Trembler en prononçant ces mots « C’est moi …envie de te parler »
C’est bête, je n’ai rien à te dire, je ne connais rien du moulin de ta vie et par souci d’égalité, dans la discrétion, dans les limites dressées de part et d’autre de nos jardins secrets,
Je n’ai jamais vraiment osé te parler De moi, de mes tristesses, de mes aspirations, de mes soupirs, de mes espoirs De mes châteaux en Espagne ou ailleurs De mes rires avortés De mon amour de la lumière De ma peur de l’orage
Alors, je débiterai tout d’un seul coup
Comme l’eau qui bondit du barrage ou de l’écluse dont on ouvre les vannes Qui je suis, où je vais, mes projets, mes échecs, le déversement inassouvi des mots si longtemps contenus.
Toi tu te tais, j’entends à peine ton souffle, je l’imagine, je l’espère au bout du fil
J’espère que tu n’as pas fait le geste qui met fin à ma déroute de mots Que tu n’as pas raccroché, que tu es encore là, présent même muet, même amorphe, assommé par le gong de mes paroles redondantes.
Je m’essoufle, mes paroles se diluent, s’effilochent. Elles aspirent à ton appel d’air, à la respiration artificielle qui me ramènera l’énergie. Et j’attends.
J’attends une minute, une éternité en devenir. Ta voix est froide, se perd dans les ondes, prononce des sons incompris. C’est une erreur, un faux numéro…
Pardon, je m’étrangle de honte, je me contorsionne en excuses incohérentes.
La voix à l’autre bout du fil feint de comprendre et, magnanime, pardonne la méprise. Je marmonne : perte de temps, incompréhensible !
J’étais pourtant sûre. Ce numéro …
Oui, c’est le mien, j’ai repris celui de l’ancien propriétaire. Des bribes, floues. Déménagé, deux mois. A l’étranger. Pas connaître son adresse. Pas de contact.
Le clac du téléphone et je sursaute.
J’attends que tu reviennes. Que tu me rappelles. Pour t’excuser De ta cruauté D’avoir joué ce jeu si ridicule, si méchant.
J’attends.
Dans quelques minutes Dans quelques heures Dans quelques jours Le téléphone sonnera.
Je reconnaîtrai ta voix. Moins froide, plus proche, plus prolixe, plus nette Moins entravée.
Oui, je la reconnaîtrai entre mille Comme je l’ai déjà reconnue. Aujourd’hui.
Je t’attends.
D’avance, je te pardonne.
Clin d'oeil à ce film où durant 1 h 20, personne ne se rencontre, "la virtualité téléphonique" :
Il y a trop de sentiments en moi qui tournent, ils m’éparpillent, ils m’éclaboussent de leurs senteurs mièvres ou sucrées.
Ils m’envahissent, moi qui les ai niés pendant ces années de tourmentes. Je les avais enferrés dans un coin de mon grenier, recouverts d’un voile d’intransparence. Je disais ne pas avoir le temps de les bercer, je savais qu’ils me voulaient du mal, qu’ils voulaient défricher mes faiblesses.
Je pensais qu’en ignorant mes faiblesses, je les ferais disparaître, j’étais une autruche perdue dans un vide affectif. Je me contentais d’une vie alimentaire, standardisée, soi-disant cohérente, rationnelle. Le temps qui coulait fluide et pressé était mon allié fidèle.
Je n’écrivais pas et j’évitais l’écriture des autres, miroir reflétant ma solitude.
Que s’est-il passé ? Qui m’a poussée hors de mes sentiers battus ? Qui m’a guidée ailleurs, là où je n’avais jamais eu l’intention de m’aventurer ? La démesure de mon désarroi ? Le boulet de mon oisiveté contrainte ?
Je n’ai pas vu le courant changer, le ru devenir rivière, la rivière devenir torrent. Par paresse sans doute, je me suis laissée emporter dieu sait où.
L’eau vivifiante a réveillé mes instincts endormis, a ravivé mes neurones engourdis, s’est frayé un passage dans mon inconscient cireux.
Le jour est apparu noir, le ciel angoissant, le soleil blafard, les arbres n’étaient plus que tentacules sombres et menaçants, la gentillesse qui faussait mon contour des choses s’est estompée. Le froid m’a envahie.
J’ai retrouvé le rythme des saisons qui scandent les étapes, j’ai entendu le cri perçant de ma renaissance.
Des mots sont arrivés, m’ont bercée, m’ont frappée, m’ont touchée, m’ont déchiquetée, m’ont jetée pauvre et nue dans la boue de la délivrance.
Je me suis réveillée un matin de novembre, autre sous un ciel restructuré. J’ai enfin ouvert les yeux, aspiré la lumière, regardé autour de moi enfin, sans préjugés, sans arrière-plan, neuve !
Et puis, des chapelets de sentiments ont commencé à défiler dans ma morne plaine, ils ont repeint les couleurs du ciel, ils ont dressé des arcs-en-ciel, ils ont percé les brumes automnales, fait revivre les oiseaux disparus…
Je suis dans la genèse de ma renaissance dans la bourrasque feutrée de mes sentiments, j’ai du mal encore d’accepter leur dictature moi qui croyais les avoir gommés une fois pour toutes pour les empêcher de me torturer.
Aujourd’hui, enfin, je ressens des choses, pour l’instant encore indéfinissables, mais fortes, pleines de promesses, d’espoir peut-être ou peut-être pas. Je suis neuve et autre et ça me suffit.
Sur proposition du très judicieux JEA, une page très envolée de Haendel
Les pavés mouillés de la ville s’imprégnaient des lueurs des passants… passants pressés, isolés, ombres fugaces !
Et là au milieu de la foule absente, un couple était apparu qui ne voyait rien que son propre reflet dans le regard de l’autre.
Ils n’étaient que de passage un bref instant dans cet endroit soudain coupé de leurs mondes respectifs.
Leurs pas en cadence s’éloignèrent puis leur cadence aussi, puis leurs ombres disparurent comme elles étaient venues, transportées par le silence.
Et les promesses aussi allèrent rejoindre ces ombres dans l’au-delà de leurs illusions. Les promesses, les voix, les visages s’étaient effacés d’un seul trait de gomme pour retourner dans un virtuel morcelé !
Mon blog a-t-il terminé sa carrière, pressenti une certaine lassitude de la part de son « créateur » ô grand mot pour tant d’insignifiance ! ?
Le compteur s’est enrayé, figé après tant de services plus ou moins poussifs…les commentaires n’arrivent plus soit qu’ils n’existent pas, soit qu’ils se perdent dans le labyrinthe de quelque toile perfide et dévoyante.
Et moi aussi, j’ai beau essayé d’envoyer ça et là des commentaires, ils se perdent, font semblant de ne pas exister…peut-être suis-je en train de devenir transparente, de m’effiler avant de disparaître en fumée ou en bulles éclatantes puis éclatées …
Faudra-t-il attendre les premiers bourgeons (j’en ai vu un esseulé se pavaner malgré le froid sur le sureau voisin) pour que mon opérateur,qui n’opère pour l’instant que le constat d’un crash de serveur, sorte de sa torpeur technicienne et renfloue ses vieux pare-chocs dépareillés ?
Bah, il n’y a ni urgence ni péril et avant de terminer la lecture de ce texte, vous m’aurez déjà oubliée et même si ce n’est pas le cas, vos messages dormiront dans quelque antichambre du ouèbe ! Qui sait s’ils s’en remettront ?
Un fatras de choses Eparses sur ce qui tient lieu de bureau.
Ton adresse au milieu de mes factures.
Commandé du mazout, aie, ça taxe et ça pollue !
Une webcam abandonnée, avachie A force d’avoir servi à rien. Je n’aime pas mon image Dans le regard de l’autre au loin.
Des toiles d’araignées qui se déforment et se reconstituent Jour après jour, Voiles sur une pile de livres, Si belles que je n’ose y toucher, Rompre ce moment d’équilibre parfait Culture auréolée de soie.
Une calculette pour prendre la température des chiffres. Un dictionnaire analogique pour faire voguer les mots Dans des barques mouvantes. Ma carte CF coincée dans la tour Et qui n’arrive pas à vomir mes photos volées Que je n’ose retirer De peur de briser un charme déjà rompu pourtant.
Une horloge de gare, Monstrueuse, Figée à l’heure d’un crime pas encore commis Ou depuis longtemps perdu dans les replis du temps Huit heures quinze minutes et quarante-huit secondes Ah secondes éternelles qui font la différence essentielle !
Des piles de livres, de revues, à n’en plus finir. Des brouillons où des mots désordonnés sont tombés en désuétude. Une tasse au fond séché oubliée sur le radiateur en fonte.
Et le manque de lumière qui fait de mon automne une saison grise et froide. Le ronron du chauffage qui s’est remis en route par le miracle de la technologie Après 24 h de silence mortel.
Dehors, les corneilles picorent les dernières poires pourries Provisions pour l’hiver.
Vais sortir pour ramasser les dernières bogues Et lisser de mes mains les dernières châtaignes.
Et contempler le mur C'est pas Berlin Ici s’est écroulé tout seul Par l’usure du temps qui scelle et puis corrompt !
Hormis des photos de films, les photos incluses (au demeurant peu nombreuses car ici je privilégie l'expression écrite à l'image) dans ce blog sont des photos personnelles.
Rencontres bloguestes
Ils m'ont un jour touchée, ou amusée; je vous invite à les rencontrer.
Voici parmi d'autres :